VIDEO. «Avril et le monde truqué»: Les secrets d'un doublage de voix réussi

ANIMATION Une des particularités du film d'animation «Avril et le monde truqué», c'est qu'on identifie parfaitement les personnages grâce aux voix des comédiens. Un effet voulu, gage d'un doublage réussi...

Stéphane Leblanc

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Marion Cotillard double
Marion Cotillard double — STUDIOCANAL

Si on reconnaît bien Eddie Murphy dans le timbre de voix et sous les traits de l’âne de Shrek, ou Antonio Banderas en Chat Potté… il est plutôt rare que l’effet soit le même avec les acteurs français qui doublent les dessins animés américains. Parce que ces derniers n’ont pas été conçus pour eux. Avril et le monde truqué permet de renverser la tendance. La VO du film est française et ça change tout. Quel plaisir de voir Marion Cotillard apporter sa gouaille à Avril, Jean Rochefort sa verve au savant Pops, Bouli Lanners sa colère au flic Plzonl, Philippe Katerine sa malice au chat Darwin…

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« Dans les productions française un peu fauchées, on fait appel à des potes pour enregistrer des voix témoins et les comédiens n’interviennent qu’à la fin, pour faire un doublage classique », raconte Franck Ekinci, le réalisateur du film chargé de donner la réplique à chacun des comédiens engagés pour incarner personnages. Pas cette fois, où les comédiens étaient là depuis le début, avant même que toute image n’existe.

Quelques images du story-board leur étaient éventuellement projetées pour les aider, comme on peut le voir dans le making of ci-dessous. Mais ce n’était pas la règle.

Ce qui fait la spécificité du film, c’est que les voix ont été enregistrées avant la réalisation des séquences animées. « On a pu prendre notre temps, essayer des choses, les acteurs étaient souvent surpris, mais ravis de pouvoir faire des propositions. Et comme ce sont tous des comédiens expérimentés, ils comprenaient très vite les intentions de leurs personnages et les exprimaient souvent mieux que moi », rigole Frank Ekinci.

Pourtant, contrairement à l’impression de convivialité que donne ce making of, « on n’a jamais eu les comédiens ensemble, rappelle Franck Ekinci. Il fallait donner l’illusion qu’ils sont là, mais j'étais leur seul interlocuteur ».

Les voix collent aux personnages et vice-versa

Filmés au camescope, ces enregistrements se sont révélés fort utiles pour la suite du processus de création. « Les animateurs ont pu s’en inspirer pour les postures et la gestuelle des personnages », raconte Franck Ekinci. Et c’est cette alchimie complexe qui donne une impression d’harmonie alors qu’il ne s’agit en fait que d’un assemblage minutieux d’images et de sons créés isolément les uns des autres. « Chaque réplique a été enregistrée plusieurs fois, à des vitesses de jeu différentes, avec des variations d’intensité dans la voix, note le réalisateur. Parce qu’il fallait faire en sorte que les dialogues sonnent juste. Et ces acteurs-là, on savait bien qu’on ne les reverrait pas de sitôt. »

Les comédiens sont revenus, un an et demi plus tard, pour la postproduction du film, histoire d’ajouter quelques respirations et faire de menues corrections. Le résultat est bluffant de naturel : les voix collent bien aux personnages et vice-versa. Et Franck Ekinci de conclure avec un sourire malicieux : « Pour une fois, ce sera aux acteurs anglophones de se caler sur nos images animées. » Eux n’ont pas l’habitude de l’exercice, mais le film mérite qu’ils fassent cet effort.