«En mai fais ce qu’il te plait»: Christian Carion évoque les terribles méthodes des cinéastes nazis

MISE-EN-SCENE Pendant l'Exode, les cinéastes nazis exécutaient de vrais prisonniers pour leurs films de propagande...

Caroline Vié

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Christian Carion dirige Olivier Gourmet dans En mai fais ce qu'il te plait
Christian Carion dirige Olivier Gourmet dans En mai fais ce qu'il te plait — Jean-Claude Lother/Pathé

Dans En mai fais ce qu’il te plaît, Christian Carion fait revivre l’Exode de mai 1940 par les yeux de villageois du Nord arpentant les routes de France à leurs risques et périls. S’il centre son récit sur les réactions d’un maire - campé par Olivier Gourmet - et de ses administrés, le réalisateur de Joyeux Noël (2006) lève aussi le voile sur les pratiques atroces d’un cinéaste de propagande nazi que croise le convoi.

Des prisonniers, acteurs malgré eux

Une scène poignante révèle des tirailleurs sénégalais contraints de participer à une mise en scène macabre où ils se font tirer dessus à balles réelles. « Les cinéastes envoyés sur le front par Hitler avaient pour mission de faire comprendre aux Allemands comment leur futur empire allait être bâti », explique Christian Carion à 20 Minutes. Lorsque le réalisateur nazi tente de diriger ses victimes qu’il assimile à des animaux, cela fait passer des frissons dans le dos. « Les Allemands estimaient que les films avec des Noirs étaient de catégorie B. Ils réservaient le label « A » aux prisonniers Blancs. »

Une caméra de légende

Le metteur en scène sadique qu’incarne brillamment Thomas Schmauser est surnommé Arriflex. « C’est la marque d’une caméra 35 mm très maniable qu’utilisaient les nazis. Elle a aussi servi à Jean-Luc Godard pour tourner A bout de souffle en 1960. Cela prouve qu’un même outil peut aussi bien servir une cause indéfendable que la vision d’un grand artiste », insiste Christian Carion qui a vu de nombreux documentaires nazis. « Ils étaient plutôt bien faits et leurs auteurs tels Leni Riefesntahl ne manquaient pas de talent ce qui les rend d’autant plus insupportables. »

De l’importance de l’image

Les nazis avaient bien compris l’importance de ces films. « Ils savaient utiliser la musique et le hors-champ de façon diabolique en même temps que des scènes réalistes où des prisonniers jouaient des soldats se faisant abattre devant la caméra », insiste Christian Carion. Le réalisateur a dû se battre pour garder ses séquences dans son scénario. « Le producteur Jérôme Seydoux était réticent comme s’il avait peur que je montre une mauvaise image du cinéma », dit Carion. Il a bien fait de tenir bon: ces scènes de tournage sont parmi les plus fortes de son beau film.