Tardi: «Avril est la petite sœur d’Adèle Blanc-Sec»

RENCONTRE Le papa d'Adèle Blanc-Sec raconte comment il a participé activement à ce magnifique film d'animation, après d'autres tentatives plus ou moins satisfaisantes d'adaptation de son univers à l'écran...  

Caroline Vié

— 

Avril et le monde truqué
Avril et le monde truqué — StudioCanal

Tardi et le cinéma, cela a été longtemps une histoire d’amour contrariée. Le mariage heureux vient cependant de se faire avec Avril et le monde truqué où une héroïne intrépide enquête sur la disparition de savants dans un Paris imaginaire. Dans cette uchronie, Napoléon V règne dans un monde qui semble coincé dans le XIXe siècle. « Avril est la petite sœur d’Adèle Blanc-Sec mais elle bouge et elle bénéficie d'une bande-son», explique le bédéaste qui évoque ses adaptations cinématographiques pour 20 Minutes.

Les projets avortés

Adèle Blanc-Sec a inspiré les Japonais et les studios Marvel mais les films ne se sont jamais faits. Tardi a également travaillé sur un projet concernant la guerre de 1914-1918 avec Jean-Pierre Jeunet puis Benjamin Legrand.

« Les Japonais et les Américains s’intéressaient davantage aux monuments parisiens qu’à l’histoire. Quant à parler de la Première Guerre mondiale, nous ne sommes jamais parvenus à un scénario satisfaisant. Jeunet a fini par faire Un long dimanche de fiançailles sans moi.»

Adèle Blanc-Sec vue par Luc Besson

Avec Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec (2010), Luc Besson a concrétisé un vieux rêve et offert le rôle de la craquante aventurière à Louise Bourgoin. Il a mis une dizaine d’années à concrétiser le projet.

« Luc adore mon univers, qui n’est pas facile à adapter en prise de vues réelles. J’apprécie les décors et les effets spéciaux du film. Je suis moins fan de côté Indiana Jones de l’ensemble. Je le lui ai dit mais il y tenait beaucoup. »

Faire bouger son petit monde

Tardi a étroitement collaboré avec Franck Ekinci et Christian Desmares, les réalisateurs d'Avril et le monde truqué, dont il supervisait personnages et décors. Animer ses propres dessins comporte des avantages et des inconvénients.

« Au cinéma, il faut choisir un angle de vue. Certes, on est maître du temps parce qu’on l’impose au spectateur alors qu’on ne sait jamais comment une bande dessinée va être lue. En revanche, on a le contrôle total sur son dessin car il s’agit d’un travail en solitaire. »

Le goût du cinéma

Grand cinéphile depuis son enfance, Tardi se déclare enchanté par son expérience sur Avril, il ne se voit pas passer à la réalisation qui ne lui semble pas correspondre à sa personnalité.

« On m’a souvent proposé de passer derrière la caméra, mais diriger une équipe demande de faire preuve d’autorité ce que je ne me sens pas capable de faire. Je ne suis un meneur qu’avec mes personnages, seul devant ma page blanche. »