Faut-il aimer «Lolo»? Julie Delpy et Vincent Lacoste sont partagés

CINEMA Julie Delpy invente, sous les traits de Vincent Lacoste, un personnage d'adolescent pervers narcissique aussi drôle qu'inquiétant…

Stéphane Leblanc

— 

Vincent Lacoste dans Lolo
Vincent Lacoste dans Lolo — MARS DISTR.

Une sucette dans la bouche en clin d’œil à Lolita de Stanley Kubrick, un air décontracté qui lui colle comme une seconde peau, Vincent Lacoste campe avec un bel aplomb le rôle-titre du film : Lolo, diminutif d’Eloi et fiston chéri de Violette, alias Julie Delpy, qui organise des événements dans le milieu de la mode. L’adolescent, cruel et narcissique, a un talent très sûr pour éloigner les hommes de sa mère. Mais comment imaginer que ce jeune homme apparemment bien sous tous rapports puisse se transformer en cauchemar vivant pour ses anciens et ses futurs beaux-pères ?

Pour autant, faut-il blâmer Lolo le héros, mi-séducteur, mi-salaud ? Ou tout lui pardonner ? La réalisatrice et son interprète sont partagés.

POUR. Julie Delpy : « C’est un enfant qui fait peur, mais qui me fait rire »

« Je tiens à dire que le film n’est pas autobiographique, prévient Julie Delpy. Moi, mon fils est encore tout petit et il est très gentil, mais je vois déjà chez un enfant si petit et si gentil que la manipulation, le chantage et le mensonge existent. » Le Lolo du film est plus grand et profite que sa mère culpabilise de son manque de disponibilité pour en abuser. « Je me suis beaucoup amusée à écrire ce personnage machiavélique qui fait semblant d’être le mec sympa qui se balade en slip mais qui ne reste là que pour foutre sa merde. Des personnages comme ça, on n’en voit pas souvent au cinéma. Il y a des films avec des enfants qui ne quittent pas la maison comme Tanguy, le personnage du film d’Etienne Chatiliez, là c’est un vrai névrosé. On ne lui trouverait aucun comique dans la vie mais, au cinéma, il y a, chez lui, quelque chose qui fait beaucoup rire. »

Le rôle de Lolo, Julie Delpy l’a écrit exprès pour Vincent Lacoste, qu’elle avait déjà fait tourner quand il n’avait que 17 ans sur Le Skylab. « J’avais été scotchée par son talent et son côté complètement relax. Je me souviens particulièrement d’une scène où il devait raconter une histoire aux enfants sous la tente en leur faisant peur. Il a fait dix prises d’affilée sans jamais se tromper sur son texte et sans qu’aucune ne soit ratée. »

CONTRE. Vincent Lacoste : « Il est en slip, il s’installe et dit des choses dégueulasses »

« Je ne sais pas quel charme on peut lui trouver car c’est quelqu’un de foncièrement méchant. Non seulement il est en slip, mais il s’installe et dit des choses dégueulasses. Au final, ça met mal à l’aise. En même temps, le film est une comédie et les mimiques du personnage sont là pour faire rire… Alors oui, peut-être que ses actions, avec le poil à gratter par exemple, montre qu’il y a une part d’enfance qui peut être touchante. » Dans la vie, Vincent Lacoste n’est « pas du tout Lolo » : il est devenu indépendant à 16 ans grâce aux Beaux gosses, a quitté le cocon familial juste après le bac, et choisit désormais ses films. « Souvent par rapport au réalisateur, dit-il. Quand ce sont des amis comme Riad Sattouf ou Julie Delpy, ou des gens dont le projet m’intéresse », comme Thomas Lilti pour Hippocrate.

Des cinéastes qui en pensent du bien : facile à vivre sur les tournages, il apprend bien son texte. « C’est la moindre des choses », rigole-t-il. Mais pourquoi le choisissent-ils ? « Je ne sais pas et j’essaie de ne pas le savoir. Le désir que vous suscitez auprès des réalisateurs, c’est abstrait et assez angoissant. Vous ne savez ni comment, ni pourquoi ça arrive et ça peut repartir aussitôt. » Gageons que ce n’est pas près de lui arriver.