«L’image manquante»: Le génocide cambodgien tel que le cinéaste Rithy Panh l'a vécu

SOUVENIR Le réalisateur cambodgien revient sur sa propre enfance volée et sa famille décimée sous le régime de Pol Pot…

Caroline Vié

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L'image manquante de Rithy Panh
L'image manquante de Rithy Panh — Catherine Dussart production/Les Acacias

Cela fait un quart de siècle que Rithy Panh analyse l’histoire du Cambodge et le génocide qui a coûté la vie à une partie de sa famille. Récompensé par le prix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2014, L’image manquante bouleverse. « Mon enfance, je la cherche, comme une image perdue. Ou plutôt, c’est elle qui me réclame. Est-ce parce que j’ai 50 ans ? », interroge le cinéaste cambodgien.

Un film personnel et universel

Après s’être confié dans le livre L’Elimination, coécrit avec Christophe Bataille (Editions Grasset, 2012) sur son expérience des horreurs du régime de Pol Pot qui fit 1,7 million de morts, Rithy Panh revient au cinéma avec ce documentaire atypique où il partage son traumatisme face à ce terrible massacre qui s’est déroulé entre 1975 et 1979. Son courage pour évoquer ce passé à la limite du soutenable n’a d’égal que son talent pour le faire partager au spectateur. Si le réalisateur évoque sa propre expérience, son film est universel dans ce qu’il révèle de douleur et d’injustice.

Des poupées contre l’oubli

A l’aide de statues en terre cuite peintes à la main et parfois modelées en direct, le réalisateur de S-21, la machine de mort khmère rouge (2002) fait revivre des personnes qu’il a connues et des scènes de son passé. Associées à des images d’archive et de propagande, ces petites poupées enfantines prennent une dimension poignante pour évoquer la jeunesse brisée du cinéaste rescapé des camps. Son film est d’autant plus fort que c’est la première fois qu’il raconte sa propre histoire avec un mélange de dignité et de pudeur qui la rend bouleversante.