«Vers l'autre rive»: Les fantômes apaisés de Kiyoshi Kurosawa

CINEMA Le réalisateur de «Real» signe un conte poétique et épique sur le deuil et la mort...

Caroline Vié

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Vers l'autre rive de Kiyoshi Kurosawa
Vers l'autre rive de Kiyoshi Kurosawa — Version originale/Condor

Kiyoshi Kurosawa, auteur de films angoissants comme le diptyque Shokuzai (2013) où les fantômes du passé reviennent hanter des gamines témoins d’un acte atroce, aurait-il fait la paix avec ses démons ? C’est ce qu’on pourrait penser en voyant Vers l’autre rive, présenté au Certain Regard du dernier Festival de Cannes. « J’ai eu envie de montrer des revenants bienveillants », explique le cinéaste japonais à 20 Minutes.

Un fantôme apaisé

C’est avec un mélange de tendresse et de poésie remarquable que le réalisateur de Real (2014) et de Tokyo Sonata (2009) évoque le deuil, celui que doit faire un noyé revenu rendre visite à ceux qui ont peuplé sa vie de son vivant. « Est-ce l’âge ou une évolution personnelle ? Je ne saurais le dire, confie Kurosawa-san aujourd’hui âgé de 60 ans. J’ai eu envie d’aborder ces sujets de façon paisible en montrant un fantôme pacifique qui n’a pas de comptes à régler avec les gens qu’il a côtoyés même s’il garde des regrets au fond de son âme ».

Une belle histoire d’amour

Le retour de cet homme mort prématurément qui entraîne sa compagne dans un beau voyage vers le passé offre une réflexion délicate sur la relation d’un couple. « J’aime mêler fantastique et réalité pour donner à réfléchir sur la vie quotidienne, explique le réalisateur. L’incursion du fantastique est si naturelle pour moi que je ne considère pas Vers l’autre rive comme un film de genre ». Sans rentrer dans aucune case, ce conte délicat émeut par sa façon d’évoquer le décès, le manque et le sentiment amoureux par le biais de diverses rencontres. Il s’agit d’une belle histoire d’amour.

Un Japon à la fois réel et fantasmé

La mort n’est pas une fin dans des relations trouvant leur place dans un Japon envoûtant, entre réalité et fantasme. « Plus on vieillit plus on se dit que les morts devraient se montrer plus sages que les vivants, soupire Kiyoshi Kurosawa et qu’on espère qu’ils trouvent la paix dans l’au-delà. » Le spectateur sort de son film apaisé après avoir découvert les lieux merveilleux que le spectre fait visiter à sa compagne. Pour sa part, le réalisateur vogue déjà vers de nouveaux rivages, ceux de La Femme de la plaque argentique qu’il va tourner en France avec Tahar Rahim et Olivier Gourmet.