«Much Loved»: Des prostituées marocaines se dévoilent et font polémique

CINEMA Nabil Ayouch et son actrice ont été recompensés au Festival d'Angoulême pour ce film dérangeant mais généreux, interdit au Maroc...

Caroline Vié
— 
Les héroïnes de Much Loved
Les héroïnes de Much Loved — Virginie Surd/Pyramide distribution dostributi

Nabil Ayouch ne s’y attendait pas : Much Loved, son film évoquant le destin d’un trio de prostituées marocaines, a été interdit au Maroc tout de suite après sa diffusion à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en mai dernier. Dans la foulée, son actrice principale Loubna Abidar et lui-même ont reçu des menaces de mort. « Je me doutais bien que le film ferait polémique mais il m’était impossible d’imaginer que ce serait si violent : nous avons eu des gardes du corps pendant deux mois avant que ça se tasse », explique-t-il à 20 Minutes.

Des scènes crues sur un sujet polémique

Nabil Ayouch est incapable de pointer du doigt les raisons précises de cette interdiction. Est-ce la description de Saoudiens violents, les allusions à la pédophilie, des scènes de sexe assez crues ou l’atmosphère générale de ce film puissant qui ont déplu au gouvernement marocain ? Impossible de le dire. « Le film n’est même pas passé devant la commission de classification marocaine. On a juste appris qu’il était interdit quelques jours après le passage à Cannes. Sur les réseaux sociaux, on m’a beaucoup reproché de donner une image négative du Maroc, c’est peut-être cela qui a coincé », confie le réalisateur. Il a écrit son film comme un puzzle après avoir passé un an et demi à rencontrer des prostituées qui lui ont raconté leur vie parce qu’elles « avaient un vrai besoin que quelqu’un les écoute ».

Des combattantes du sexe

Si le film parfois est dur, quand une des héroïnes se fait tabasser par un client ou qu’une autre est prise de force par un policier, ces femmes ne sont pas montrées comme des victimes. « C’est pour cela que j’ai fait Much Loved, pour donner une voix à ces travailleuses de l’ombre et les présenter comme des combattantes », précise le cinéaste, précédemment remarqué pour Whatever Lola wants (2008) et Les chevaux de Dieu (2012). Ses actrices, toutes inexpérimentées, sont éblouissantes de force, de beauté et de sensualité. « Elles ont tout donné, alors qu’elles savaient que ce serait un tournage éprouvant, parce qu’elles étaient convaincues que le propos était important. » La sublime Loubna Abidar récompensée au Festival d’Angoulême (qui a aussi donné son Grand prix à Much Loved) reçoit maintenant de nombreuses propositions de rôles. Elle est la révélation de ce film dérangeant, mais généreux.