«Marguerite»: Comment Xavier Giannoli donne de la voix à Catherine Frot

CINEMA Xavier Giannoli évoque son travail avec la comédienne, bouleversante et hilarante en épouvantable Castafiore des années 1920...

Caroline Vié

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Catherine Frot dans Marguerite de Xavier Giannoli
Catherine Frot dans Marguerite de Xavier Giannoli — Mémento films

Marguerite offre le plus beau rôle de sa carrière à Catherine Frot, qu’on imagine d’ores et déjà repartir avec un César en février prochain. Xavier Giannoli la révèle fragile, drôle et sensuelle dans le personnage d’une femme riche des années 1920 à qui son entourage a caché qu’elle chante comme une casserole alors qu’elle se prétend cantatrice. « J’ai voulu que le public se demande ce qui va se passer quand elle découvrira que tout le monde s’est payé sa tête, confie le cinéaste. Mon film est à la fois un portrait de femme et un suspense. » Il explique comment il a bâti le personnage avec son actrice.

Choisir la bonne interprète

Le réalisateur a mis dix ans à monter son film. Il a longuement enquêté sur la cantatrice new-yorkaise Florence Foster Jenkins (1868-1944) dont il s’est librement inspiré. C’est en voyant Catherine Frot au théâtre dans Oh les beaux jours de Samuel Beckett que le réalisateur a été conquis.

« Sur scène, elle parlait à une fourmi et j’ai trouvé que sa prestation était du pur génie d’actrice. J’ai compris qu’elle saurait rendre le côté excentrique de cette femme dont les fêlures de la voix font écho à celles de son cœur. »

Casser la voix

Il n’était pas évident de reproduire la prestation unique en son genre de Florence Foster Jenkins. D’autant que Cartherine Frot est une excellente chanteuse dans la vie, qu’il a fallu doubler pour certaines scènes de chant tant l’héroïne force sa voix.

« La première fois que je l’ai entendue chanter, j’ai été partagé entre le fou rire, l’émotion et la stupéfaction. J’espère que le public retrouvera cette impression de sidération, qu’il retiendra sa respiration comme frappé à l’estomac. »

Faire évoluer le personnage

Délaissée par son mari (André Marcon, formidable) secrètement moquée par ses proches, l’héroïne se persuade qu’elle doit se produire sur la scène de l’Opéra avec l’aide d’un professeur incarné par le fantastique Michel Fau.

« Catherine a si bien saisi la personnalité de Marguerite que je pense que cette femme l’a profondément touchée. Au fur et à mesure de l’intrigue, elle s’est montrée plus sensuelle, plus belle, plus libre. Comme Marguerite. »

Trouver l’équilibre entre ridicule et sublime

Ce qui rend Marguerite bouleversante, c’est sa sincérité absolue face à un ridicule qu’elle ne perçoit pas. Le réalisateur d’A l’origine (2009) et Catherine Frot ont trouvé l’alchimie parfaite entre sourire et serrement de gorge.

« Nous avons beaucoup travaillé pour obtenir cet équilibre car il ne fallait pas qu’elle soit grotesque. Catherine et moi avons vite été d’accord pour dire que le film parle avant tout de l’émancipation d’une femme désireuse de s’échapper, même si cela ne peut être que dans la folie. »