«Youth» : Quatre mauvaises raisons de passer à côté du meilleur film de la rentrée

CINEMA Boudé par les frères Coen et leur jury à Cannes, « Youth » de l’Italien Paolo Sorrentino, traite pourtant d’un sujet universel : l’angoisse du temps qui passe. Un sujet traité avec une vigueur exceptionnelle…

Stéphane Leblanc

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Michael Caine et Harvey Keitel dans
Michael Caine et Harvey Keitel dans — Gianni Fiorito

A Cannes, les festivaliers ont adoré Youth, mais les frères Coen et leur jury lui ont refusé le palmarès. Ces visionnaires ont sans doute prédit les futures réactions du public. Le nouveau film de Paolo Sorrentino ne part pas gagnant au box-office.

« Youth » est un film de vieux

Tourné en anglais, Youth se déroule dans un palace de bord de lac, en Suisse. Un endroit aussi chic qu’artificiel où l’on croise beaucoup de vieillards caractériels et facétieux : Michael Caine, 82 ans, en chef d’orchestre retraité qui refuse de jouer pour la reine, son ami Harvey Keitel, en réalisateur toujours indécis à 76 ans, Jane Fonda en star capricieuse de 77 ans… Le trio fait des étincelles, comme lorsque la vieille actrice réplique à Harvey Keitel qui la flatte sur son sex-appeal : « Tu te trompes de millénaire, Mick ! » Les « jeunes », Paul Dano en acteur timide ou Rachel Weisz en amante délaissée, font bien mieux que leur donner le change.

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« Youth » est en décalage avec l’actualité

C’est Dheepan, sur une famille de migrants sri-lankais en région parisienne, qui a reçu la palme d’or, pas Youth… Pourtant, le film de Paolo Sorrentino en dit plus sur notre époque qu’il n’y paraît. « Le thème de mon film, c’est le temps qui passe et combien de temps il nous reste à vivre », expliquait Paolo Sorrentino à Cannes, qui parvient à donner un charme fou à ses petits vieux facétieux. Le fantasme du jeunisme à tout prix, qui hante une société où l’âge condamne à l’éloignement et à l’oubli était déjà évoqué dans le précédent film du cinéaste italien, La Grande belleza. Mais ici, l’action circonscrite dans un espace clos permet de renforcer l’intimité des personnages entre eux et l’attachement qu’on éprouve à leur égard.

Youth est un film d’un goût parfois douteux

La scène où Michael Caine dirige un troupeau de vaches pour un concert de cloches et de meuglements est un pur moment de poésie. Et l’on assiste, souvent médusé, à un défilé de tableaux virtuoses, liés entre eux par une réalisation d’une ampleur stupéfiante. A cela s’ajoute quelques fautes de goût que semble affectionne le réalisateur depuis qu’il a tourné This Must be the place avec Sean Penn. Cette fois, le film est émaillé de parodies plus ou moins fines de célébrités : Maradona en artiste du ballon obèse et vieillissant, le Dalaï-Lama qui peine à léviter et pire, l’irruption d’Hitler en client colérique. Etait-ce indispensable ?

Youth n’a rien de très sexy

C’est « un film optimiste, conçu pour exorciser nos peurs », souligne Paolo Sorrentino. Et c’est vrai qu’on est ému quand Harvey Keitel lâche dans un dernier souffle à Michael Caine : « Tu dis que les émotions sont surestimées, mais les émotions sont tout ce qu’on a »… 

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Tout cela ne donne pas forcément au film une image très sexy. On assiste pourtant à quelques sublimes divagations. Ah ! la tête des deux vieillards quand Miss Univers vient les rejoindre dans la piscine, entièrement nue : « A ce moment-là, on regarde ce qu’on a perdu et qu’on ne retrouvera jamais », commentait Michael Caine à Cannes. C’est la scène qui figure sur l’affiche du film pour sa sortie en salle.