«Miss Hokusai»: Tel père, telle fille

CINEMA Si le peintre Katsushika Hokusai est mondialement connu, grâce à la Grande vague de Kanagawa notamment, on connaît moins sa fille O-Ei, héroïne au caractère bien affirmé du film d’animation « Miss Hokusai »…

Stéphane Leblanc

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Miss Hokusai
Miss Hokusai — Hinako Sugiura - MS.HS / Sarusuberi Film Partners

Hokusai, ses vagues ont fait des vagues et le tour du monde entier. Rebelle et indépendante, O-Ei a hérité du talent et du tempérament de son père sans connaître la postérité du maître de la peinture japonaise. Elle l’a pourtant souvent assisté dans son travail, et même parfois remplacé au pied levé, mais voilà, « on la connaît peu, même au Japon. Moi-même, je n’ai découvert son existence qu’à travers le manga de Hinako Sugiura, Sarusuberi, paru dans les années 1980 », affirme Keiichi Hara, qui a adapté ce manga en dessin animé.

Miss Hokusai, son troisième film après Un été avec Coo (2007) et Colorful (2010), nous plonge à la rencontre de cette jeune femme en 1814 au fil des saisons, dans l’une des villes les plus peuplées du monde, grouillant de paysans, de samouraï, de citadins, de marchands, de nobles, d’artistes et de courtisans… Entièrement dévouée à son art, O-Ei vient de quitter son mari « parce qu’elle le considérait comme un peintre médiocre », rigole Keiichi Hara. Elle préfère vivre aux côtés de son père, lunatique et colérique, mais capable de peindre le portrait du moine Dharma sur une toile de plusieurs dizaines de mètres carrés aussi bien qu’un couple de moineaux sur un minuscule grain de riz…

Le refus des tâches ménagères

Le film permet de découvrir que le grand maître raffolait de tout ce qui était sucré et s’intéressait peu à l’argent, si bien qu’il demandait toujours une fortune pour réaliser ce qu’il ne voulait pas faire. De son côté, O-Ei excellait notamment dans les gravures érotiques, même si Keiichi Hara prend bien soin de ne jamais érotiser son héroïne dans le film. Elle se moquait que ses œuvres soient attribuées à son père, tout simplement parce qu’à l’époque déjà, le nom d’Hokusai se vendait bien. En revanche, elle refusait obstinément d’accomplir la moindre tâche ménagère et il ne fallait pas compter sur son père pour la suppléer. Leurs œuvres étaient souvent exécutées au milieu de spectaculaires amoncellements de détritus, effet fort bien rendu dans le film.

Une héroïne féministe avant l’heure, Miss Hokusai ? « La condition des femmes était peut-être meilleure à l’époque qu’aujourd’hui, souligne Keiichi Hara, et les hommes sans doute plus respectueux. Mais je n’ai pas cherché ni même pensé à en faire une héroïne féministe à proprement parler. Son tempérament obstiné et son sale caractère, O-Ei l’avait déjà dans le manga, et bien évidemment aussi de son vivant, à l’époque d’Edo, d’après les rares documents qui existent à son sujet. »

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