«Mediterranea»: Le vrai visage d'un migrant africain

CINEMA Loin des clichés, le réalisateur décrit, avec justesse et précision, la vie quotidienne d'un migrant africain en transit dans un petit village italien...

Caroline Vié

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Koudous Seihon dans Mediterranea de Jonas Carpignano
Koudous Seihon dans Mediterranea de Jonas Carpignano — Haut et Court

Présenté à la Semaine de la Critique du dernier festival de Cannes, Mediterranea se révèle à la pointe d’une actualité brûlante. Ce premier long-métrage de Jonas Carpignano suit un migrant africain ayant quitté son Burkina Fasso natal dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Italie. Ce film puissant évite les clichés misérabilistes pour décrire son parcours avec justesse et précision. 20 Minutes explique pourquoi ce film est exceptionnel.

 

L’acteur principal est un migrant lui-même

Comme Jacques Audiard pour Dheepan, le réalisateur a fait appel à un authentique migrant pour incarner son héros. Il a rencontré Koudous Seihon dans une manifestation. Bluffé par son charisme, il a bâti son film autour de lui.

« Il en imposait par sa simple présence mais le héros n’est pas son portrait. J’ai adapté le personnage aux différentes situations en écrivant des scènes qui correspondraient au caractère de Koudous. »

Un scénario qui évolue au gré des événements

Le cinéaste a tourné en équipe réduite dans le petit village d’Italie du Sud où il vivait depuis cinq ans. Le script évoluait en fonction de ce qui arrivait au jour le jour. Une scène de bagarre dans une boîte de nuit a été ajoutée après qu’elle s’est réellement déroulée.

« J’ai voulu capturer les aspects ordinaires de l’expérience du migrant. Dans cet environnement conflictuel, il n’est pas un marginal mais plutôt un élément essentiel dans la chaîne d’un monde globalisé, ce qui n’empêche pas les tensions d’être vives. »

Quelques rares moments de joie

Certains passages, très réussis, font découvrir les rares moments de plaisir de ces exilés, le temps d’une fête entre amis ou d’un repas organisé par une dame généreuse qui se comporte comme une mère de substitution.

« Il y a le combat, la violence, la condescendance et les corvées de la vie quotidienne, mais aussi la camaraderie, le plaisir de chanter, de se saouler ou de faire des rencontres via les réseaux sociaux. Beaucoup d’entre eux fuient les religions et les traditions »

La survie passe aussi par la technologie

La seule façon dont les migrants peuvent rester en contact avec leurs proches restés au pays passe par Facebook, Skype ou Whatsapp, tandis qu’un lecteur MP3 permet à la fille du héros d’écouter Rihanna dans leur village.

« Aujourd’hui, il n’y a plus d’écrivains publics et de lettres qui mettent des semaines à arriver. Se connecter est devenu le moyen de survie, car la technologie abolit les distances. Quant à Rihanna, elle est un véritable porte-drapeau de cette culture mondiale hybride, car elle joue sur beaucoup de registres. »