«Le combat ordinaire»: Cinq étapes pour adapter la bédé culte de Manu Larcenet

CINEMA Cette chronique drôle et tendre signée Lauret Tuel se révèle un petit bijou d'émotions digne de la bédé qui l'a inspirée...

Caroline Vié

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Le combat ordinaire
Le combat ordinaire — Haut et court

Manu Larcenet s’est longtemps fait tirer l’oreille pour accepter de voir portée à l’écran Le combat ordinaire, sa bande dessinée culte. L’auteur, couronné en 2004 au Festival d’Angoulême, avait même refusé un projet hollywoodien mettant en scène Clint Eastwood avant de dire oui au réalisateur Laurent Tuel. Ce dernier a raconté à 20 Minutes comment il a porté à l’écran l’histoire d’un photographe de guerre découvrant l’amour et la paix à la campagne.

Se retrouver dans l’histoire

Originaire de Saint-Nazaire, le cinéaste a été tellement emballé par l’histoire qu’il a écrit le scénario gratuitement avant même de savoir s’il obtiendrait les droits. Il s’est isolé pendant trois mois pour reprendre les quatre tomes de la bande dessinée.

« Le combat ordinaire était un support pour évoquer mes propres souvenirs, car, comme le héros, je suis à la fois familier avec la campagne et le milieu des docks. Lorsque que j’ai eu effectué ce travail d’écriture, j’étais serein pour aller parler à Manu Larcenet. »

Convaincre l’auteur

Avant toute chose, Laurent Tuel a dû convaincre Manu Larcenet de le rencontrer. Une fois le rendez-vous pris, le réalisateur de Jean-Philippe (2006) et La grande boucle (2013) a trouvé une solution originale pour présenter son projet.

« Je lui ai composé un jeu de trente-deux photos que j’avais prises et sur lesquelles j’avais dessiné des personnages. Au fur et à mesure que Manu les découvrait, je voyais son visage changer. Quand il a eu finit de les regarder, il m’a dit : les droits sont à toi. »

Choisir les comédiens

Jamais Nicolas Duvauchelle n’a été aussi bon que dans ce rôle d’homme en crise épaulé par une compagne lumineuse incarnée par la découverte Maud Wyler vue dans 2 automnes, 3 hivers (2013) de Sébastien Betbeder.

« Au départ, j’ai renâclé avant de prendre Nicolas car je le trouvais trop jeune mais il m’a convaincu parce que je le sentais proche du personnage. Maud est aussi une merveilleuse comédienne à la beauté naturelle, idéale pour ce rôle de vétérinaire provinciale. »

Trouver le bon son

C’est Cascadeur qui a signé la musique originale du Combat ordinaire. Laurent Tuel lui a demandé d’écrire sans voir le film afin de pouvoir utiliser ses compositions au montage. Il décrivait scènes et sensations au compositeur pour le guider.

« Nous nous parlions quotidiennement et il a été aussi réactif que généreux. Il m’a fourni 120 morceaux avec lesquels j’ai pu travailler au fur et à mesure que je montais le film. Il comprenait parfaitement ce que je souhaitais. »

Attendre le verdict

Laurent Tuel a mis Manu Larcenet à l’aise : il lui a donné le scénario, l’a invité sur le tournage et attend toujours que l’auteur ait vu le film dont il lui a offert un DVD parce que le bédéaste ne pouvait envisager de regarder Le combat ordinaire avec un public.

« Pour le scénario, il a commencé par le rejeter en disant : « C’est de la merde ! » puis il l’a repris et apprécié. Manu est un animal sauvage qui n’a toujours pas voulu regarder le film. J’ai eu beau lui dire qu’il n’était pas obligé de l’aimer, il fait un blocage. »