Aomi Muyock et  Karl Glusman dans Love de Gaspar Noé
Aomi Muyock et Karl Glusman dans Love de Gaspar Noé — 20 minutes

CINEMA

Gaspar Noé: «Je n'aurais jamais pensé qu'une petite bite puisse encore choquer autant»

«Love», film avec de nombreuses scènes de sexe non simulées, est, avant tout une belle histoire d'amour mélancolique...  

Les spectateurs qui imaginent voir un film porno en découvrant Love de Gaspar Noé risquent d’être fort déçus. Si le film a reçu une interdiction aux moins de 16 ans en raison de ses scènes de sexe non simulées, il s’agit avant tout d’une merveilleuse histoire d’amour, celle d’un jeune couple qui s’adore et se désire avant de se déchirer. Le réalisateur d’Irréversible (2002) et d’Enter the void (2009) s’est adouci pour cette chronique romantique montrée en séance de minuit au Festival de Cannes. Pour 20 Minutes, le réalisateur est revenu sur son film…

Depuis combien de temps aviez-vous envie de faire ce film ?

Depuis près de vingt ans. J’avais même pensé le réaliser avec le couple Monica Bellucci/Vincent Cassel en vedette. L’affaire est tombée à l’eau et j’ai mis des années à monter le projet ce que je ne considère pas comme du temps perdu. Si je l’avais signé plus tôt, je n’aurais pas eu les mêmes partenaires, ni les mêmes acteurs et je n’aurais pas bénéficié de la 3-D.

La 3-D était importante pour vous ?

Je n’en suis pas fan d’habitude mais, dans ce cas précis, elle permettait de favoriser l’immersion du spectateur dans l’histoire d’amour de mes héros. J’ai conçu toute ma mise en scène autour de la 3D en jouant sur les plans fixes car, dès que l’on bouge la caméra, le procédé devient vite nauséeux. En ce sens, ce film est l’anti Enter the Void où je voulais créer une impression de vertige. Love ressemble presque a du Ozu !

Gaspar Noé revient sur l’interdiction aux moins de 16 ans

Quel était votre but avec Love ?

Montrer l’amour physique entre deux personnes ordinaires. Avec Internet, des enfants de plus en plus jeunes se trouvent confrontés à des vidéos pornographiques aussi moches que violentes. Je trouve cela déplorable mais c’est un fait. Love insiste sur le fait que le sexe est un acte d’amour entre deux personnes adultes et consentantes. C’est de la baise gentille, sans la violence qu’on voit trop dans les films X actuels.

Comment avez-vous choisi vos acteurs ?

Il fallait qu’ils acceptent de se dévoiler tout en sachant jouer la comédie. Je ne voulais pas de Musclor, ni de filles siliconées à la chatte rasée. Je souhaitais aussi qu’ils se démarquent le plus possible de l’imagerie du porno. Karl Glusman, qui n’était pas un comédien professionnel, poursuit aujourd’hui sa carrière d’acteur. Je l’ai recommandé à Nicolas Winding Refn qui l’a engagé pour sa prochaine réalisation, The Neon Demon.

Considérez-vous le film comme pornographique ?

Pas du tout. C’est une histoire d’amour mélancolique. Evidemment, je suis conscient que certains vont être surpris en espérant se masturber devant un film X et en se retrouvant face à Love StoryLove parle de gens normaux qui tombent amoureux puis que la vie sépare parce que, comme je le dis souvent, le temps détruit tout. Ce n’est pas fait pour faire bander le spectateur.

Pourtant vous l’avez vendu avec des affiches des explicites…

Ces affiches, volontairement provocatrices, ne correspondent pas au film. Elles avaient été créées pour trouver de l’argent. Elles ont fait le tour du monde quand j’ai tweeté au producteur Vincent Maraval l’un de ces vieux visuels représentant un sexe masculin couvert de sperme et en lui écrivant « Champagne » parce qu’on était sélectionné à Cannes. J’ignorais qu’une petite bite pouvait encore choquer autant.

Et aujourd’hui, vous êtes heureux du résultat ?

C’est le film que je voulais faire et je suis fier d’y être parvenu car il n’était pas facile à monter… Je me sens heureux et vide comme après une éjaculation. J’espère que le public sera touché par cette histoire dans laquelle j’ai mis beaucoup de moi-même. D’ailleurs, tous les personnages ont des noms inspirés de mes proches. J’attends la sortie de Love avec une sérénité que je n’ai jamais connue pour mes films précédents.