«Love»: Le visa d'exploitation interdisant le film aux moins de 16 ans est signé

Stéphane Leblanc

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Love de Gaspar Noé
Love de Gaspar Noé — WILD BUNCH

Ainsi, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. La Commission de classification des films a confirmé sa première décision : Love sera « seulement » interdit aux moins de 16 ans. Fleur Pellerin, qui avait souhaité que le film de Gaspar Noé passe une deuxième fois en commission, a signé son visa d’exploitation.

« Soucieux de maintenir l’équilibre entre liberté d’expression et protection des mineurs, nous voulions mettre un maximum d’arguments de notre côté, explique l’entourage de la Ministre de la Culture à 20Minutes. Une deuxième discussion autour du film permettait de dégager une majorité claire et un avis précisément motivé, dont nous espérons qu'ils pèseront en cas de recours devant un juge. »

Une erreur d'interprétation des professionnels

L’explication, qui n’avait pas été rendue publique, avait suscité la colère du distributeur du film et l’incompréhension de nombreuses associations de professionnels du cinéma.

« Love » : La menace d’interdiction aux moins de 18 ans du film de Gaspar Noé emballe la toile

C’est chose faite et Love, qui sortira en salles le 15 juillet sera bien accessible aux mineurs de plus de 16 ans. Du moins dans un premier temps.

 

En effet, la Ministre vient de signer le visa d’exploitation du film ce jeudi.

L’affaire n’est pas terminée pour autant. L’interdiction aux moins de 16 ans de Love peut encore évoluer après la sortie du film et finir interdit au moins de 18 ans, vu le nombre de recours intentés ces derniers temps par l’association Promouvoir (qui ne s’est pas encore manifesté et dont le site est actuellement « en reconstruction ») dès qu’une scène de film pointe le bout d’un sexe.

Eviter au film d’être classé X

« S’il avait été d’emblée interdit aux moins de 18 ans, l’association Promouvoir aurait sans doute tenté d’agraver la sanction afin de le faire classer X », explique le juriste Christophe Triollet, auteur du livre Le Contrôle cinématographique en France - Quand le sexe, la violence et la religion font encore débat (L’Harmattan).

Comme on peut le voir dans cette première bande-annonce diffusée par Wild Bunch, Love de Gaspar Noé est bien ce qu’il prétend être : un film d’amour aux scènes de sexe nombreuses et variées.

Et pour cette raison, il a la loi contre lui. A savoir l’article 227-24 du Code pénal qui sanctionne tout « message à caractère violent […], pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine […] lorsque ce message est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur ».

« La Vie d’Adèle » toujours menacé d’une interdiction aux moins de 18 ans

C’est sur cette base que Promouvoir attaqué Baise-moi en 2000 et a encore eu gain de cause en début d’année avec un recours en référé face à Nymphomaniac. Elle en a fait un autre, qui prendra plus de temps, contre La Vie d’Adèle. Et elle finira sans doute, en cas d’action, par avoir la peau de Love… « Que la Ministre ait essayé de prendre les devants n’avait donc rien d’étonnant, estime Christophe Triollet. Elle a pu être échaudée par le rappel à l’ordre du Conseil d’Etat qui a récemment annulé le visa d’exploitation de Saw 3D… »

Au moins, tout ce remue-ménage permet de faire parler de Love, ce qu’attendent Vincent Maraval et Gaspar Noé… Mais aussi, peut-être, de faire réfléchir à l’article 227-24 du code pénal que certains, à la Commission de classification, souhaiteraient voir évoluer. « Sans quoi, estiment-ils, en matière de sexualité à l’écran, des associations comme Promouvoir finiront toujours par avoir gain de cause devant les juges ».