«Love» : La menace d'interdiction aux moins de 18 ans du film de Gaspar Noé emballe la toile

CINEMA Wild Bunch qui prétend que Fleur Pellerin fait pression sur la Commission de classification des films pour interdire «Love» aux moins de 18 ans, et internet réagit.

Stéphane Leblanc

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Karl Glusman, Aomi Muyock et Klara Kristin dans
Karl Glusman, Aomi Muyock et Klara Kristin dans — WILD BUNCH DISTR.

Ainsi, le sexe serait tabou jusque dans les ors du ministère de la Culture. Love de Gaspar Noé, film aux nombreuses scènes de sexe non simulées, que la commission de classification aurait recommandé d’interdire aux moins de 16 ans, pourrait finalement l’être aux moins de 18 ans dès sa sortie prévue le 15 juillet, à la demande de Fleur Pellerin qui sait bien que le film, truffé de scènes de sexe explicites, a la loi contre lui.

Une information à prendre au conditionnel puisque ni la commission, ni le ministère ne se sont publiquement exprimés à ce sujet. Au contraire de Wild Bunch, le distributeur du film, qui a fait part de son inquiétude dans un communiqué largement commenté depuis.

Conservatisme extrême

« Alors que la commission de classification des œuvres cinématographiques du CNC avait recommandé, la semaine dernière, une interdiction aux moins de 16 ans pour le film Love de Gaspar Noé, nous apprenons, avec consternation, que la ministre de la Culture et de la Communication a demandé que le film repasse en commission, avec l’espoir d’une classification plus sévère », a indiqué Wild Bunch dans ce communiqué. « Nous ne pouvons que nous étonner d’une démarche jusqu’alors réservée à une association d’un conservatisme extrême », ajoute le distributeur.

« La politique culturelle de Fleur Pellerin c’est Turf plutôt que Pasolini, Bunuel ou Fassbinder », a ironisé Vincent Maraval, le cofondateur de Wild Bunch, sur son compte Twitter. Et d’ajouter dans un autre tweet : « Nos ados sont donc condamnés à découvrir le sexe sur Internet à travers des athlètes bodybuildés, tatoués et rasés qui se croient aux JO », a-t-il également posté. Deux micromessages qui ont, depuis, été supprimés par leur auteur. Mais qui ont mis le feu sur la toile, suscitant les réactions des supporters du films…

 

 

Mais aussi de ses adversaires, comme Le Figaro qui justifie la requête de Fleur Pellerin, en reprenant le témoignage d’une ancienne actrice de X ayant participé au film, paru sur le site de L’Obs le 22 mai, au lendemain de la projection au 68e Festival de Cannes : « Pour être honnête, même si l’équipe était top, j’avais vraiment l’impression d’être sur le tournage d’un film pornographique, raconte Angell Summers […] Scène dans un club libertin, découverte de ce monde par un jeune couple, actrices porno sur des talons de 15 cm, séquences qui s’achèvent par l’éjaculation d’un homme… Tout était comme pendant mes cinq ans dans ce métier. »

Aucune réaction officielle du ministère ou de la commission

Ce dimanche, ni le ministère de la Culture, ni la commission de classification n’avaient réagi. Mais les cinéastes de l’Arp (Association des auteurs-réalisateurs-producteurs) se sont dits « extrêmement surpris » d’apprendre que la ministre avait « pris l’initiative d’un deuxième visionnage » du film.

« Cela appelle d’importantes questions, d’ordre institutionnel bien sûr, mais aussi sociétal, estiment ces professionnels dans un communiqué. Quelle légitimité reste-t-il à la Commission de classification lorsque ses avis sont dorénavant systématiquement remis en causes et régulièrement renversés par les juges ? »

Un fonctionnement en question

« Notre société n’aura rien à gagner à être le terrain de jeu exclusif du conservatisme et du puritanisme », poursuivent-ils, demandant « l’ouverture d’une profonde réflexion sur le fonctionnement » de la commission.

 

Car la commission de classification est de plus en plus souvent soumise aux pressions de l’association Promouvoir, qui use de tous les recours pour alourdir l’interdiction des films comportant des scènes de sexe ou de violence. Elle était encore parvenue il y a quelques semaines à faire retirer son visa d’exploitation à Saw 3D au prétexte que son interdiction aux moins de 16 ans était à son sens insuffisante.

>> A lire : L’interdiction de « Saw3D » aux mineurs fait peur au cinéma d’horreur

Le site EcranLarge.com regrette « qu’en plus de menacer l’exploitation du film de Gaspar Noé, le ministère de la Culture adoube la stratégie de Promouvoir, encourageant sans le dire la commission de classification à traiter plus durement les œuvres, et par ricochet exploitants et distributeurs à ne plus s’engager en faveur d’œuvres dites extrêmes ».

Mais la commission rappelle que la loi interdit la représentation de scènes de sexe explicite devant les mineurs. Certains de ses membres avancent qu’il faudrait plutôt s’attaquer à cette loi, « sans quoi des associations comme Promouvoir auront toujours gain de cause devant les juges ».

Ils rejoignent en ce sens les cinéastes de l’Arp qui se disent « convaincus, comme les cinéastes de l’Arp, que la poésie, toute sexuelle soit-elle, d’un cinéaste, en l’occurrence Gaspar Noé, restera une meilleure source éducative que les débauches de pornographie disponibles en permanence sur internet ».