«Masaan»: L'actrice Richa Chadda veut faire évoluer les mentalités en Inde

CINEMA L'actrice est la révélation de ce magnifique long-métrage sur une jeunesse indienne muselée par des traditions ancestrales...

Caroline Vié

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Richa Chadda dans Maasan
Richa Chadda dans Maasan — Pathé distribution

Très remarqué dans la section Un certain regard du Festival de Cannes, Masaan de Neeraj Ghayrwan trouve sa place entre les paillettes de Bollywood et la violence des polars à la Ugly (Anurag Kashyap, 2014) pour révéler une Inde déchirée entre traditions liberticides et désirs d’une jeunesse qui souhaite s’émanciper. « La jeune femme que j’incarne voit sa vie fichue en l’air parce que la police l’a surprise au lit avec un camarade d’études qui a préféré se tuer plutôt que d’affronter une telle honte », explique la comédienne Richa Chadda.

Les rudes de réalités des femmes indiennes

A 26 ans, la ravissante actrice, révélée dans le diptyque Gangs of Wasseypur (Anurag Kashyap, 2012), ne mâche pas ses mots. « Masaan correspond à une réalité de l’Inde actuelle. La corruption de la police et la situation des femmes y sont montrées sans concession. » Le père de son personnage est contraint de réunir une somme colossale pour empêcher que sa fille soit jetée en prison comme complice du suicide de son amant « J’ai la chance d’avoir des parents progressistes, explique Richa Chadda, mais il y existe encore des mariages arrangés dans ma famille et je sais que certains de ces membres vont être choqués par le film. » Cela n’empêche pas l’actrice, fan de cinéma français, de rêver d’une carrière comme celle de Marion Cotillard qu’elle a adorée dans De rouille et d’os (Jacques Audiard, 2012.)

 

Changer les mentalités

Un jeune homme amoureux d’une fille au-dessus de sa condition et un gamin orphelin complètent cette galerie de portrait décrivant la réalité d’un quartier pauvre de Bénarès, cité au bord du Gange où s’étendent d’impressionnants bûchers destinés à incinérer les morts. « La projection du film à Cannes était capitale pour son impact, martèle l’actrice. En Inde, on respecte ce qui est apprécié en Occident. » Si elle espère que Masaan fera évoluer les mentalités, Richa Chadda sait que le changement prendra du temps. « L’un des soucis est que les Indiens n’aiment pas ce qui vient de chez eux. On vend même des cosmétiques pour que les femmes s’éclaircissent le teint. Je trouverais plus facilement un mari à Paris qu’à Bombay ! »