«Mustang», un «Virgin Suicides» turc? La réalisatrice du film conteste la comparaison

CINEMA Cette chronique de cinq jeunes sœurs turques a été l'une des grandes découvertes 2015 sur la Croisette...

Caroline Vié

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Les héroïnes de Mustang de Deniz Gamze Ergüven
Les héroïnes de Mustang de Deniz Gamze Ergüven — Ad Vitam

Deniz Gamze Ergüven et son premier long-métrage Mustang ont ensoleillé la Quinzaine des réalisateurs cette année au festival de Cannes et raflé le prix Label Europa Cinéma.

En évoquant les destins de cinq sœurs rebelles dont la débauche supposée cause un scandale qui va changer leur vie dans un petit village turc, la jeune réalisatrice a intrigué, ému et séduit. On pense aux premiers films de Sofia Coppola, et notamment à Virgin Suicides (1999), devant ce vibrant hommage à la jeunesse et à la féminité dans ce qu’elle peut représenter de plus indocile.

 

 

Un film énergique et doux qui emporte le spectateur au galop dans le tourbillon des chevelures de ses héroïnes.

Une histoire différente

C’est en collaboration avec Alice Winocour (réalisatrice d’Augustine, 2012) que la jeune étudiante de la Fémis a écrit cette ode à la liberté féminine. « Comme il s’agit d’une histoire de sœurs, je peux comprendre qu’on associe mon film à Virgin Suicides mais, en dehors de ce point de départ, Mustang n’a rien à voir avec celui de Sofia Coppola », dit-elle à 20 Minutes. Si elle avoue avoir volontairement forcé le trait pour livrer un conte, elle s’est inspirée d’histoires vraies - arrivée à elle-même ou à des membres de sa famille - pour les aventures tragicomiques de ses héroïnes. « Mon oncle m’a bel et bien hurlé dessus parce que j’étais montée sur les épaules d’un garçon quand j’avais une douzaine d’années, se souvient-elle, mais contrairement au personnage du film, j’ai baissé les yeux au lieu de me révolter. »

Un devoir de faire ce film

La jeune femme estime que son passage à Cannes lui a permis de connaître un retentissement international inespéré. « La condition féminine est un sujet qui touche dans tous les pays, dit-elle, mais je ressentais comme un devoir de parler des femmes turques et de leurs vies. » 

Mustang devrait bientôt sortir en Turquie bien qu’il soit reproché au film de donner une mauvaise image du pays. « Il est vrai que nous sommes un peu chatouilleux dans ce domaine, surtout à l’étranger, où la plupart du temps, on n’a pas d’autre image de chez nous que celle des prisons de Midnight Express (Alan Parker, 1978) », plaisante-elle à demi. Deniz est cependant confiante dans l’avenir. « Les choses bougent dans le bon sens, il n’y a qu’à voir les élections récentes pour en être persuadé. » Voir Mustang, son film tonique, est aussi un bon moyen de retrouver confiance en l’espère humaine.