Prostitution: Le film «Much Loved» suscite le débat au Maroc où il a été interdit

POLEMIQUE Présenté au festival de Cannes mais interdit de diffusion au Maroc, le film de  Nabil Ayouch a entraîné une vive polémique dans le royaume...

20 Minutes avec AFP

— 

Le film Much Loved, du réalisateur Nabil Ayouch. Lancer le diaporama
Le film Much Loved, du réalisateur Nabil Ayouch. — Virginie Surdej

Le film d'un réalisateur marocain sur la prostitution, Much Loved, présenté au festival de Cannes dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, mais interdit de diffusion au Maroc, a entraîné une vive polémique dans le royaume mais a aussi permis d'engager un débat sur ce fléau.

Des propos à connation sexuelle

Cette œuvre de Nabil Ayouch, qui aborde la prostitution à travers le portrait de quatre femmes, ne devait initialement sortir en salle qu'à l'automne au Maroc. Mais la publication d'extraits sur Internet comportant des danses suggestives et des propos à connotation sexuelle a immédiatement suscité la controverse, dans un pays aux mœurs conservatrices.

Violentes attaques contre l'équipe du film sur les réseaux sociaux et lors d'un sit-in, plainte -sans suite- d'une association locale: Much loved a été vivement pris à partie dans l'opinion, tandis que le gouvernement islamiste décidait d'interdire préventivement sa diffusion, évoquant «un outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine».

«Nabil Ayouch (...) devrait revenir à Dieu et renoncer à ce travail»

Cette prise de position n'a toutefois pas mis un terme à la polémique, dont s'était déjà emparée la classe politique. «Nabil Ayouch a une mère, une grand-mère, une sœur et une épouse. Il devrait revenir à Dieu et renoncer à ce travail», a tonné lors d'un meeting le patron du parti Istiqlal (opposition), Hamid Chabat. «Les œuvres artistiques doivent être évaluées selon les critères de créativité et non selon un prisme moralisateur», a rétorqué la vice-présidente de la chambre des députés, Khadija Rouissi, du Parti Authenticité et modernité (PAM, opposition).

Jennifer Lopez condamnée par le ministre de la Communication

La controverse s'est même un temps amplifiée sur la question des mœurs avec la condamnation par le ministre de la Communication, Mustapha Khalfi, de la diffusion sur une TV publique d'un concert à Rabat de Jennifer Lopez, dans le cadre du festival Mawazine. Issu du parti Justice et développement (PJD, islamiste), il a jugé cette retransmission «inadmissible» en raison des tenues légères et danses suggestives de la «bomba latina».

Much Loved, un film du marocain Nabil Ayouch. - Virginie Surd

 

Une presse divisée

La presse s'est aussi divisée sur le cas Much loved («Zin li fik» en arabe), notamment sur l'opportunité de traiter de manière aussi crue la prostitution. «Oui, la prostitution existe au Maroc (...). Mais ce n'est pas une raison pour traiter un sujet aussi sensible avec une écriture et un ton aussi provocateurs», s'est exclamé Maroc Hebdo. A contrario, d'autres titres ayant pu assister à une projection privée ont salué un film qui «contribue à ouvrir un débat», même houleux. Much Loved décrit «un milieu qui suinte la misère et la violence», a fait valoir l'hebdomadaire Tel Quel, qui a fait sa une sur la polémique.

Dans ce contexte, certains médias ont offert une tardive médiatisation à un rapport du ministère de la Santé abordant le phénomène de la prostitution dans quatre grandes villes. Situation sociale, âge du premier rapport, contraception: cette étude de 2011 consacrée à la lutte contre le sida détaille le profil de quelque 19.000 prostituées. Pour le reste, du fait du tabou entourant le fléau, peu d'éléments sont connus sur la prostitution au Maroc, qui toucherait aussi bien les villes touristiques, les centres urbains que les campagnes.