Valérie Donzelli le  19 mai à Cannes.
Valérie Donzelli le 19 mai à Cannes. — Lionel Cironneau/AP/SIPA

INTERVIEW

Festival de Cannes: «On ne peut pas faire l'unanimité tout le temps», estime Valérie Donzelli

Face aux critiques qui se sont déchaînés contre son film, la réalisatrice de «Marguerite et Julien» se défend...

Quatre ans après le succès surprise de La Guerre est déclarée, à la Semaine de la critique, Valérie Donzelli se savait attendue au tournant, surtout avec un film en compétition… Et ça n’a pas raté, Marguerite & Julien a déclenché les foudres d’une grande partie de la critique…

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Votre film est rempli de références -Truffaut, Demy ou Cocteau… Pourquoi avoir eu l’idée de refaire un « Peau d’âne » en 2015 sur le thème de l’inceste ?

Je n’ai pas cherché à faire un film pour ou contre Truffaut, Demy ou Cocteau que j’admire, mais un film qui m’appartienne à moi -même si j’ai été nourrie par leur cinéma-, un film qui ne soit pas tiré de ma propre histoire, mais qui contienne une vérité. L’histoire est tirée d’un fait divers réel. Ce n’était pas le sujet de l’inceste qui m’a incité à faire ce film. Je n’ai pas d’attrait particulier pour cette question, c’est plutôt l’amour traité comme une maladie, quelque chose d’impossible ou d’interdit. Après, il fallait essayer d’inventer une façon de raconter cette histoire…

Ne serait-ce pas cette inventivité débridée que certains reprochent à votre film? Le côté conte pour enfant ou les anachronismes, par exemple ?

On a voulu s’amuser en transformant une histoire vraie en légende plutôt que d’essayer de faire une reconstitution historique. C’est ce qui justifie les anachronismes : cette histoire d’amour entre un frère et une sœur se passe au XVIIe siècle, mais elle est intemporelle et universelle. Les histoires d’amour interdites existent toujours dans le monde d’aujourd’hui. Je suis désolée si cela n’a pas été compris…

Comment vit-on l'accueil houleux de son film en tant que réalisatrice ?

J’ai fait un film sur un amour incestueux avec une forme improbable, c’est normal qu’il ne plaise pas à tout le monde. On fait des films pour qu’ils soient vus et critiqués, ça fait partie du jeu ! Le public a le droit d’être sévère ou indulgent. En tout cas, moi je suis fière de mon film. Je l’aime et je ne regrette pas que Thierry Frémaux l’ait pris en compétition.

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En 2011, « La Guerre est déclarée » avait fait l’unanimité, qu’est-ce qui a changé ?

On ne peut pas faire l’unanimité tout le temps. En 2011, personne ne nous connaissait et le film a connu un succès délirant d’ailleurs. Mais il était présenté à la Semaine de la critique, pas en compétition… Aujourd’hui, il y a beaucoup d’attente autour du film et c’est normal de déclencher les passions: c’est Cannes !