Festival de Cannes: «Si je pouvais refaire mes films, je les referais tous», confie Woody Allen

QUESTIONS-REPONSES Le cinéaste est venu présenter hors compétition L'Homme irrationnel, une comédie dramatique avec Joaquin Phoenix et Emma Stone...

Anne Demoulin

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Woody Allen à la conférence de presse du film «L'Homme irrationnel» à Cannes le 15 mai 2015.
Woody Allen à la conférence de presse du film «L'Homme irrationnel» à Cannes le 15 mai 2015. — Thibault Camus/AP/SIPA

Drôle, incisif et philosophique. L’Homme irrationnel, le dernier film de Woody Allen, présenté ce vendredi à Cannes hors compétition, raconte comment un professeur de philosophie, dévasté sur le plan affectif, va retrouver le goût de vivre en commettant un meurtre. En conférence de presse ce vendredi, Woody Allen s’est prêté au jeu des questions-réponses. Morceaux choisis.

Comme le héros de votre film, avez-vous déjà eu envie de tuer quelqu’un ?

Au moment même où vous parlez, j’ai envie de tuer !

Le meurtre et l’infidélité sont très présents dans votre œuvre, notre époque traverse-t-elle une crise morale ?

Je ne crois pas que notre époque soit différente des précédentes. Dans toutes les régions du monde, il y a des faits horribles, ce qui reflète une crise morale, et c’est la façon dont le monde tourne et a toujours tourné. Toutes les grandes œuvres littéraires du monde, comme Anna Karénine ou Le Rouge et le Noir, traitent de ces crises morales entre les hommes et les femmes. On vient au cinéma pour voir des hommes et des femmes infidèles, des gens qui s’entre-tuent, c’est comme ça depuis la tragédie grecque

Votre héros croit faire une bonne action en commettant ce meurtre…

J’ai lu que les communistes ont mieux survécu dans les camps de concentration parce qu’ils croyaient au communisme. Le fait de croire en ce système, qui a montré qu’il ne fonctionnait pas, les a aidés. L’idéologie, la religion, peu importe le fait que ça marche ou pas, ce qui compte vraiment, c’est que le fait de croire en quelque chose améliore la vie… Et c’est ce que croit le personnage joué par Joaquin Phoenix…

Réaliser des films, c’est donner du sens à tout cela ?

Il n’y a pas de réponse positive à la triste réalité de la vie, quoiqu’en disent les philosophes, les prêtres, les psychanalystes. La vie suit son cours et un jour ou l’autre, on se retrouvera tous dans la même inconfortable position. Tout va disparaître, moi, vous, la planète, Michel-Ange et Shakespeare… Le seul moyen d’agir en tant qu’artiste, c’est d’expliquer aux gens pourquoi la vie vaut la peine d’être vécue. Le seul moyen de faire quelque chose, c’est la distraction. La mienne pour ne pas penser à tout ça, c’est de faire des films.

Comment êtes-vous sur un tournage ?

Le truc, c’est de recruter de grands acteurs et actrices. De les laisser faire et surtout de ne pas les déranger. Ensuite, tout le monde vous honore et vous considère comme un grand réalisateur alors qu’en réalité, vous n’avez rien fait !

Quel regard portez-vous sur vos films ?

Si je pouvais refaire mes films, je les referais tous. C’est pour ça que je ne les revois jamais, car sinon, je ne verrais que les défauts, et j’aurais envie de les améliorer.

Votre projet de série pour Amazon ?

C’était une erreur catastrophique de ma part d’accepter, je n’aurais jamais dû me lancer là-dedans ! Je croyais que ce serait facile de faire six épisodes d’une demi-heure, mais non, c’est extrêmement difficile. J’espère juste ne pas décevoir Amazon, je ne sais pas exactement ce que je fais. J’espère que ça ne va pas être une honte cosmique !