Festival de Cannes: Deux films japonais mettent la Croisette en appétit

DORAYAKI & POISSON FRIT «Notre petite sœur» et «An» traitent de sujets graves avec une apparente légèreté grâce à une recette infaillible : la déclinaison de spécialités culinaires japonaises…

De notre envoyé spécial à Cannes, Stéphane Leblanc

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An, de Naomi Kawase sur un vendeur de dorayaki, les crèpes fourrées japonaises
An, de Naomi Kawase sur un vendeur de dorayaki, les crèpes fourrées japonaises — AN FILM PARTNERS – COMME DES CINEMAS – TWENTY TWENTY VISION - ZDF

Ils sont japonais et mettent en scène l’art culinaire de leur pays. Naomi Kawase est plutôt sucrée. An, présenté ce jeudi en ouverture de la section Un certain regard, détaille l’art du dorayaki -cette pâtisserie traditionnelle composée de deux pancakes fourrés d’une pâte de haricots rouges confits-.

Hirokazu Kore-eda, lui, est plutôt salé. Il raconte dans Notre petite sœur, qui a ouvert la compétition, comment quatre sœurs, dont la plus jeune née d’une seconde union ne connaissait pas les trois autres, se découvrent grâce à des souvenirs communs de spécialités de poisson. Deux films d’une pudeur et d’un charme fous à déguster sans modération.

En compétition ce jeudi : « Notre Petite sœur » d’Hirokazu Kore-eda

« Je pense qu’une recette de cuisine peut changer une vie, explique ainsi Naomi Kawase. J’adore manger, reprend-elle. Cela apaise l’esprit et me rend heureux. Je crois aussi qu’en mangeant bien, personne ne peut être en colère. »

La nourriture crée du lien entre les vivants

« Dans Notre petite sœur, la mort est omniprésente, mais je voulais l’évoquer d’une manière apaisée, renchérit Hirokazu Kore-eda. Pour ce faire, la nourriture est idéale parce qu’elle permet de créer du lien entre les vivants. »


« Je suis fière de ma culture et des traditions du Japon, que j’ai toujours envie de transmettre à travers mes films », souligne encore Naomi Kawase, bien consciente que son histoire de pancakes fourrés est avant tout «l’accroche qui rend le film abordable» pour évoquer un sujet plus grave : la discrimination, en tant qu’ancienne lépreuse, dont est victime son héroïne.

Un an après Still the water, Naomi Kawase signe son film le plus touchant dans sa simplicité et sans doute le plus accessible.


Avec une intrigue moins spectaculaire et dramatique que celle de Tel père, tel fils, prix du jury en 2013, Notre petite sœur évoque le souvenir d’un père défunt, d’une épouse ou d’une grand-mère au travers de spécialités de poissons de la région balnéaire de Kamakura.

Maquereaux frits, bol de nouilles avec du poisson frais, fruits de mer mijotés… «Ces scènes remplacent les flash-back pour montrer comment les sentiments à l’égard des personnes disparues touchent chacun des personnages», souligne Hirokazu Kore-eda. Avec les volutes de chacun des plats, ce sont des souvenirs qui resurgissent. Et que l’on partage de nouveau, de la façon la plus délicate qu’il soit.