Festival de Cannes: Cinq bonnes raisons de voir «La Tête haute»

CANNES Loin des films à paillettes de ces dernières années, le drame social d’Emmanuelle Bercot ouvre les festivités cannoises et sort simultanément mercredi en salles…  

De notre envoyé spécial à Cannes, Stéphane Leblanc

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La Tête haute d'Emmanuelle Bercot, avec Catherine Deneuve Lancer le diaporama
La Tête haute d'Emmanuelle Bercot, avec Catherine Deneuve — Wild Bunch Distribution

Moins glamour que Gatsby le magnifique ou Grace de Monaco, le film d’Emmanuelle Bercot sur le parcours éducatif d’un adolescent délinquant? La Tête haute ne fait pourtant pas l'ouverture des festivités cannoises par hasard...

C’est la chance de découvrir «une œuvre différente, forte et émouvante»

Le délégué général du festival Thierry Frémaux souhaitait rompre avec la tradition des films de gala en ouverture et proposer «une œuvre différente, forte et émouvante», un film qui «dit des choses importantes sur la société d’aujourd’hui», comme il l’a indiqué dans un communiqué. Surprise et incrédulité de la réalisatrice. «Au départ je trouvais ce choix tellement insolite que j’étais un peu méfiante, raconte Emmanuelle Bercot à 20 Minutes. Devoir avancer la sortie de quatre mois ne m’arrangeait pas non plus… Mais Thierry Frémaux m’a fait prendre conscience de l'importance d'une mise en lumière aussi prestigieuse. J'ai compris que c’était une chance pour le film.» 

C’est un film qui s’appuie sur une grande star et une formidable révélation

Emmanuelle Bercot n’est pas dupe: «Evidemment qu’on doit tout à Catherine Deneuve! Sans elle, pas de montée des marches et pas d'ouverture.» La grande actrice, qui joue avec une belle autorité le rôle d’un juge pour enfant, était déjà l’interprète principale du précédent film de la réalisatrice, Elle s’en va, en 2013. On la retrouve ici entourée de Benoît Magimel en éducateur et de Sara Forestier en mère quelque peu dépassée. Mais elle a surtout à ses côtés un jeune partenaire de premier ordre: Rod Paradot, déniché dans un lycée professionnel où il préparait un CAP de menuiserie. Le jeune homme se révèle éblouissant en adolescent avec de la dynamite dans le sang. «Alors qu’il est l’exact opposé dans la vie».

C’est la preuve que Cannes n’est pas insensible au talent des femmes cinéastes

Avant Emmanuelle Bercot, Diane Kurys était la seule réalisatrice à avoir ouvert des festivités cannoises. C’était en 1987 avec Un Homme amoureux. Programmer La tête haute est une façon de clouer le bec à ceux qui pensent que Cannes est insensible au talent des femmes cinéastes. C’est sans doute un peu vrai, même si Emmanuelle Bercot ne se sent «pas très concernée» par la question. «Cette année, il y a beaucoup de films de réalisatrice en sélection, souvent des actrices réalisatrices comme moi d’ailleurs… En tout cas, ça montre bien qu'en France, il n’y a pas vraiment de débat...» Pas comme à Berlin cet hiver.

C’est un signe fort pour rappeler la qualité du cinéma français

Avec pas moins de cinq films français en lice pour la palme cette année, sur 19 au total en compétition, le cinéma français n'a plus besoin de se cacher! Surtout depuis la Palme d’or pour La Vie d’Adèle et l’Oscar du meilleur film pour The Artist… Alors oui, La Tête haute joue «hors compét’», mais c’est tant mieux. «Cette ouverture du festival de Cannes, je vois ça comme du plaisir. La pression on l’a plutôt pour la sortie en salle.» Le même jour, à la même heure, dans toute la France.

C'est une façon de célébrer Emmanuelle Bercot, une enfant de Cannes

Agée de 47 ans, la réalisatrice est une habituée du festival, qui l'a révélée en 1997. Son court-métrage Les Vacances avait reçu le Prix du Jury. La Puce, son film de fin d’étude à la Fémis, un Prix à la Cinéfondation. En 2001, son premier long-métrage, Clément, dans lequel elle tient le rôle principal, était au Certain Regard. «Cette succession de sélections apporte une légitimité et la reconnaissance du milieu. Ça ne veut pas dire qu’on est géniale, mais au moins on n’est pas complètement nulle…» Depuis, cette ancienne danseuse, puis comédienne, a réalisé plusieurs films, cosigné le scénario de Polisse de Maïwenn qui lui a offert le premier rôle de son nouveau film, Mon Roi. «Actrice et réalisatrice sont des métiers qui appartiennent au même cercle. Ce n’est pas très difficile de faire cohabiter les deux». La preuve, les deux réalisatrices en compétition, Valérie Donzelli et Maïwenn, sont elles aussi comédiennes à l'origine.