L'Ile-de-France sur la Croisette

Caroline Vié (à Cannes)

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Jean-Paul Huchon était à Cannes pour la 60e édition du Festival du film.
Jean-Paul Huchon était à Cannes pour la 60e édition du Festival du film. — Ludovic Boulnois

Jean-Paul Huchon, Président du Conseil régional d’Ile-de-France est venu à Cannes ce dimanche pour parler de l’action de la région en faveur du 7e Art.


Quelle est la raison de votre présence à Cannes ?


Nous avons huit films dans l’ensemble des sélections dont deux dans la sélection officielle avec, pour la première fois, un dessin animé de très grande qualité: Persépolis, réalisé par Marjane Satrapi. C’est le premier dessin animé de cette importance que l’on aide: le fait qu’il soit retenu nous fait très plaisir car notre fonds de soutien à l’industrie cinématographique inclut depuis l’année dernière les documentaires et les dessins animés en plus des longs métrages et des œuvres audiovisuelles. Le nombre de demandes de subventions a doublé depuis l’année dernière: on a 70 films aidés par an et l’on reçoit jusqu’à 350 demandes.


Comment choisissez-vous les films que vous aidez ?

La commission est composée de 50% d’élus et 50% de professionnels, dont des gens de très grand renom comme Régis Warnier. En plus de cet appui professionnel, on compte des élus passionnés. Premier critère: il faut que le film soit tourné en Ile-de-France au moins pour 50%, ensuite intervient la lecture d’un scénario puis l’appréciation du scénario en toute indépendance par cette commission sur laquelle je n’ai hélas — ou heureusement — aucune influence. Ce qui fait que l’on se fait parfois engueuler parce qu’on a refusé des choses: je me souviens d’un refus à Sophie Marceau qui était très mécontente ou au producteur d’Isabelle Adjani qui était fou de rage. Mais pour le moment, je n’ai rencontré à Cannes que des gens heureux.


Quelle importance cela a t-il pour la région ?

En terme d’identification, c’est énorme. C’est presque paradoxal: on met des milliards sur les transports, l’éducation, la formation professionnelle, et l’on n’est pas toujours identifiés parce que les partenaires sont l’Etat, la SNCF etc… Ici, nous sommes en lien direct avec la profession et c’est l’une des politiques les plus identifiantes pour la région. Ce n’est pas un hasard: si l’on fait ça, c’est parce que nous avons 90.000 personnes sur les 115.000 travaillant dans ce secteur qui travaillent en Ile-de-France, c’est donc un enjeu d’emploi et de technologies que l’on ne peut pas perdre.


Comment envisageriez-vous la politique vis-à-vis des salles ?

Il faudrait que l’aide se fasse selon un double critère: art et essai et couverture du territoire car il y a des lieux qui ne sont pas couverts pour le cinéma et c’est aussi une bataille pour lutter contre l’inégalité des territoires. Mais cela veut dire 1.000 salles à équiper et un coût qui n’est pas loin des 90.000 euros. Donc là, on ne peut pas le faire tout seul, on doit discuter avec le ministère de la Culture, c’est pourquoi je me félicite qu’il y ait, quelque soit le titulaire, un vrai Ministère de la Culture. C’est une manière de reconnaître la spécificité du produit culturel.

Quel avenir voyez-vous pour les salles de cinéma ?

Je crois que l’on peut encore croire au développement des salles de cinéma. Le jour où le cinéma ne sera plus quelque chose qui fait sortir de chez soi pour aller à la rencontre d’une œuvre, d’un artiste, mais aussi de gens qui partagent cette émotion, je crois qu’on aura beaucoup perdu.