«Cannes reflète la géographie des intérêts dans le monde»

Alice Antheaume (à Cannes)

— 

Les 35 réalisateurs de «Chacun son cinéma» pour le 60e Festival de Cannes. Theo Angelopoulos, Olivier Assayas, Bille August, Jane Campion, Youssef Chahine, Chen Kaige, Michael Cimino, Ethan & Joel Coen, David Cronenberg, Jean-Pierre & Luc Dardenne, Manoel De Oliveira, Raymond Depardon, Atom Egoyan, Amos Gitai, Hou Hsiao Hsien, Alejandro Gonzalez Iñarritu, Aki Kaurismaki, Abbas Kiarostami, Takeshi Kitano, Andrei Konchalovsky, Claude Lelouch, Ken Loach, Nanni Moretti, Roman Polanski, Raoul Ruiz, Walter Salles, Elia Suleiman, Tsai Ming Liang, Gus Van Sant, Lars Von Trier, Wim Wenders, Wong Kar Wai, Zhang Yimou
Les 35 réalisateurs de «Chacun son cinéma» pour le 60e Festival de Cannes. Theo Angelopoulos, Olivier Assayas, Bille August, Jane Campion, Youssef Chahine, Chen Kaige, Michael Cimino, Ethan & Joel Coen, David Cronenberg, Jean-Pierre & Luc Dardenne, Manoel De Oliveira, Raymond Depardon, Atom Egoyan, Amos Gitai, Hou Hsiao Hsien, Alejandro Gonzalez Iñarritu, Aki Kaurismaki, Abbas Kiarostami, Takeshi Kitano, Andrei Konchalovsky, Claude Lelouch, Ken Loach, Nanni Moretti, Roman Polanski, Raoul Ruiz, Walter Salles, Elia Suleiman, Tsai Ming Liang, Gus Van Sant, Lars Von Trier, Wim Wenders, Wong Kar Wai, Zhang Yimou — Reuters

Ce dimanche, tout Cannes fête les 60 ans du festival. A cette occasion, un drôle de film intitulé «Chacun son cinéma» a été créé. Trente-cinq réalisateurs y livrent, en trois minutes chacun, leur vision d’une salle de ciné, qu’elle soit petite ou grande, high-tech ou surannée, vide ou bondée. Problème: «parmi ses 35 réalisateurs venus du monde entier, pas un seul n’est africain», regrette Jean-Pierre Bekolo, réalisateur camerounais connu pour son film «Quartier Mozart» présenté à Cannes en 2002.

Un contre-Cannes version africaine
Amer, il dénonce «le rejet systématique de l’Afrique à Cannes». Alors il se met en tête de lancer un autre «chacun son cinéma» avec 35 réalisateurs africains. «Pour montrer que le cinéma africain est de qualité et casser l’idée, trop souvent véhiculée, que l’Afrique n’est pas à la hauteur». Difficile de mobiliser autant de réalisateurs bénévoles africains en si peu de temps. Le projet échoue mais l’association «La guide africaine des réalisateurs producteurs» décide de projeter pendant quatre jours à Cannes de longs et courts métrages réalisés par des auteurs africains (du 21 au 24 mai, au Sug'Art, 2 rue des trois frères à Cannes).

Derrière l'image, la politique

«Le festival a toujours été très attentif aux pays où le cinéma a du mal à exister. Dans la création, il y a inévitablement une dimension politique (…)», souligne Véronique Cayla, ex-directrice générale du Festival de Cannes, aujourd’hui dirigeante du Centre National de la Cinématographie (dans le magazine «Studio»).
Jean-Pierre Bekolo n’est pas d’accord avec la première phrase de Véronique Cayla: «voilà dix ans qu’un film africain n’a pas été sélectionné au Festival de Cannes. Et s’il y en a un, il sert d’alibi. Idem pour la composition du jury: le Mauritanien Abderrahmane Sissako est juré cette année, c’est bien, mais c’est aussi un prétexte pour que le festival puisse se dédouaner de la question africaine».

Quant à la dimension politique qu’évoquait Véronique Cayla, Jean-Pierre Bekolo dit ne la connaître que trop bien: «la géographie du cinéma à Cannes reflète la géographie des intérêts dans le monde.»

Un problème d'image?
«Et si le véritable problème de l’Afrique n’était qu’un problème d’image?, peut-on lire sur le site de «La guide africaine des réalisateurs producteurs». Cela a des conséquences. Sur la pauvreté (peu d’investissements, fuite des cerveaux) et sur les conflits (image qu’une tribu ou un pays a de l’autre)».

L'Afrique n'est pas la seule à revendiquer davantage de visibilité dans le plus grand festival de cinéma du monde. Ce dimanche, à la conférence de presse de de «Chacun son cinéma», le film conçu par 35 réalisateurs en hommage au 60ème anniversaire du festival de Cannes, de nombreux journalistes étrangers ont demandé pourquoi aucun réalisateur de leur pays n'avait été appelé pour participer à ce film-événement.