L’empire des sens nocturnes

Cédric Couvez (à Cannes)

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Y a du monde au balcon, lors des nuits cannoises.
Y a du monde au balcon, lors des nuits cannoises. — Cedric Couvez

Il fallait est être endurant hier pour encaisser cette troisième nuit blanche. Alors que le soleil est de plomb, je me liquéfie sur la plage MySpace. Rosé et champagne catalan à gogo, les pieds dans l’eau.

Entouré d’une bonne bande de potes, j’établis le programme de la soirée quand Pamela Anderson se tortille sur un yacht qui mouille sur le ponton de la plage voisine. Les paparazzis tentent par tous les moyens de voler une image, surveillés de près par les gorilles de la blondasse. Quand la belle rejoint la terre ferme, c’est la bousculade. Mais très souriante, Pamela joue le jeu et prend la pose. 18 Heures, Lord Kossity fait son apparition. Il file dans le Spa faire un petit soin du visage.

«Non, ne nous prenez pas en photo»

Pas le temps de se faire chouchouter, je file dans une suite au premier étage du 3.14. Belvédère y organise tous les jours des apéros en très petits comités où l’on recharge son foie avant la grande bataille nocturne. Minuit sonne, on danse le madison. Sur la terrasse du Grand Hôtel, MK2 fait sa fiesta annuelle. Je croise des polytechniciens en costumes en train d’abuser du barman. « Non, ne nous prenez pas en photo, on a pas le droit de sortir normalement ! » Les quatre apprentis militaires font partie du club cinéphile de l’école. Ils sont à cannes jusqu’à la fin du week-end et enfilent leurs bicornes la nuit tombée. « C’est plus facile de rentrer en boîte… Et ça marche très bien avec les filles ! » me confie l’un des leurs. « Tu te rends compte que c’est ces mecs là qui vont diriger la France dans le futur » me lâche Stéphane, mon chef de service…

Rayon attrape fille, la palme revient sans conteste au jeune homme qui a eu la belle idée de venir accompagné de son Jack Russel. Blottie dans les bras de son maître, la bête attire plus les filles que n’importe quelle star américaine. Un peu plus loin sur la terrasse, on s’empiffre de hot-dog. Un ami à l’odorat sensible ironise : « Ca sent trop le kebab. On se croirait à Barbès ! » Qu’importe les reflux, un magnifique feu d’artifice tiré du front de mer passionne les foules plus que l’arrivée d’Alain Chabat.

Après les pétards, c’est le Dj Boo qui fait péter les tweeters des enceintes. Tous les voyants de la table de mixage sont dans le rouge quand il balance « Killing in the name » des Rage Against The Machine. Noire de monde, la piste en plein air pogotte frénétiquement pendant 5 minutes 13 de pure jouissance auditive.

«Laisse moi te montrer le vrai Cannes»

Fin de l’orgasme musical, on file au Baron. Une centaine de festivaliers se pressent devant l’entrée. À l’intérieur, on rejoint la bande de Schweppes qui pose bouteille sur bouteille. On retrouve, Ludo, le patron de la Pizza. À 7 heures du mat’, le gentil trentenaire et sa douce me propose de faire un tour au Sept. « Cédric, tu connais le festival, maintenant laisse moi te montrer le vrai Cannes. » Après dix minutes de marche au chant des mouettes, je glisse dans la boîte d’after la plus underground de la ville. « Cette boîte est le fruit de l’histoire d’amour entre un garagiste marseillais et un transsexuel Hollandais.

L’ambiance est plus calme maintenant mais il y a quelques années, les gens baisaient sur la piste ! » conclue Ludo. Des cernes jusqu’aux genoux, je fais un furtif tour de piste dans ce couloir sombre et feutré. Je claque la bise à la « patronne » sous les regards aguicheurs de putes africaines… Mais ma forme physique fond comme neige au soleil. Je rentre me coucher à 8 Heures pétantes, croisant les cinéphiles en route vers le palais. Vite,vite, la projection commence dans une demi-heure…