Michael Moore docteur de l’Amérique

Caroline Vié (à Cannes)

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Le cinéaste polémiste Michael Moore, auteur du brûlot anti-Bush "Fahrenheit 9/11", espère sortir en 2007 son prochain film, consacré au système de santé américain, a-t-il annoncé dans un message en ligne lundi sur son site internet.
Le cinéaste polémiste Michael Moore, auteur du brûlot anti-Bush "Fahrenheit 9/11", espère sortir en 2007 son prochain film, consacré au système de santé américain, a-t-il annoncé dans un message en ligne lundi sur son site internet. — Matthew Simmons AFP/Archives

Sacré « double M » ! Il est toujours le même ! Passionné, passionnant et un brin manipulateur, Michael Moore dénonce la mafia des assurances maladies américaines, compagnies privées prêtes à toutes les bassesses pour ne pas rembourser leurs clients.

Des anecdotes atroces sur des petits enfants qu’on a laissé mourir pour économiser quelques dollars ou sur des patients chassés d’hôpitaux parce qu’ils ne pouvaient pas payer la note font passer des frissons dans le dos. Moore sait gratter où ça fait mal et mettre le spectateur dans un état de vertueuse indignation ! Il est largement moins crédible lorsqu’il choisit les systèmes canadien, anglais et français comme contre-exemples.

Tout est trop beau hors des Etats-Unis. Cela apparaît de façon éclatante lorsqu’il évoque le système français prétendant qu’on peut obtenir une nounou à un euro de l’heure dans notre beau pays et qu’un couple de classe moyenne y gagne 7000 euros par mois. Son manque d’information évident sur des sujets que le public français maîtrise entame sérieusement le reste de sa démonstration sur des choses que nous connaissons moins. Si Moore n’est pas toujours d’une honnêteté intellectuelle irréprochable, cela n’empêche pas son pamphlet d’être aussi inquiétant que réjouissant.

Un détour par la case prison?


Le réalisateur n’est jamais autant à son aise que quand il s’en prend frontalement au gouvernement. Il ose même emmener une bande d’Américains réclamer des soins devant la base de Guantanamo après avoir entendu que les détenus, terroristes supposés, bénéficient d’une couverture médicale gratuite ! Cette scène réjouissante dénonce également l’indifférence générale qui entourent les sauveteurs du 11 septembre 2001, victimes de séquelles. Elle offre un grand moment d’émotion quand ces oubliés de l’Amérique découvrent qu’ils vont être soignés gratuitement à Cuba.

Bien qu’il n’hésite à tirer sur de grosses ficelles et à prendre des libertés avec la vérité, Moore défend une cause noble et n’hésite pas à payer de sa personne. Son escapade cubaine pourrait lui valoir un détour par la case prison. Sicko force la sympathie en essayant de faire bouger un système inique ce qui rend indulgent la méthodologie discutable de son auteur.