La fascination du «Zodiac»

CRITIQUE David Fincher maîtrise de bout en bout son histoire de tueur en série, inspirée de faits réels

Caroline Vié (à Cannes)

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Zodiac, de David Fincher, avec Robert Downey Jr. et Jake Gyllenhaal.
Projection : jeudi 17 mai
Zodiac, de David Fincher, avec Robert Downey Jr. et Jake Gyllenhaal. Projection : jeudi 17 mai — Warner Bros

David Fincher a gagné son pari avec Zodiac! Pendant près de trois heures, il passionne le spectateur pour une enquête inaboutie sur un tueur en sérié californien. La passion maladive de ses héros, flics ou journalistes, pour la traque du tueur en série se développe au fil du film. Des années de recherches infructueuses, de fausses pistes et d'espoirs déçus sont parfaitement résumées dans ce film dont la sobriété marque un tournant dans la carrière de l'auteur de Fight Club et de Seven.

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Les fans seront probablement surpris par le style mature adopté par le réalisateur. Plus proche du cinéma des années 70 à la manière d'un Don Siegel que des délires visuels auxquels le cinéaste avait accoutumé son public, Zodiac envoûte sans fioriture. Le réalisateur maniaque réputé pour faire refaire des prises de vue des dizaines de fois à ses acteurs s'est attaché à décrire une autre forme d'obsession, celle des enquêteurs pour un criminel qui leur glisse entre les doigts. Leur malaise progressif, proche de la folie, est parfaitement rendu par une mise en scène minutieuse, restituant chaque élément de décor ou de costumes avec une précision admirable.

Les familiers de «l'affaire du Zodiac» seront sans doute particulièrement bluffés par l¹exactitude de la reconstitution. Les néophytes découvriront progressivement les méandres d'une histoire unique dont le mystère demeure presque entier. A chacun de choisir son camp et de croire – ou non – à l'ébauche de solution proposée par Fincher et son héros Robert Graysmith. On ne saura sans doute jamais de façon certaine qui était «Zodiac», mais cela n'a que peu d'importance. David Fincher est parvenu à fasciner avec un assassin dont on ne voit jamais le visage, mais dont le nom résonnera longtemps comme une incarnation du Mal.

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