«My Blueberry Nights» mi-figue mi-raisin

CANNES La critique du film de Wong Kar-wai

Stéphane Leblanc ( à Cannes)

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Un extrait de dialogue
- Elizabeth (Norah Jones): Pourquoi tu me regardes ?
- Jeremy (Jude Law): Voir manger les gens, c¹est révélateur.
- E: Parler aussiŠ
- J: Moi je ne sais jamais quoi dire.

Une note (forcément subjective): 2/5

Une chance (plus objective) de figurer au palmarès: faible.

Une critique :

Il était attendu, le nouveau film de Wong Kar-wai. Pensez donc, la première projection de cette soixantième édition du festival de Cannes, la première apparition de la chanteuse jazzy Norah Jones à l¹écran, et le premier film du réalisateur d’«In the mood for love» tourné aux Etats-Unis. L'attente ne pouvait qu'être impossible à satisfaire. D¹où ce sentiment mitigé qui flottait à la sortie de «My Blueberry Nights»: ok, ce film est mille fois supérieur à «Da Vinci code», présenté dans les mêmes conditions l'an dernier, mais tellement moins bien que ce dont Wong Kar-wai est capable.

Pour résumer, il s’agit de l¹histoire d¹une fille fraîchement plaquée (Norah Jones), d'abord recueillie par un patron de bar (Jude Law) avant de se lancer dans un périple à travers les Etats-Unis. Elle croisera quelques solitudes qui la feront réfléchir sur elle-même et revenir à son point de départ. Sur un plan purement esthétique, cette parabole sur la distance qui révèle un état amoureux est conforme aux attentes: les acteurs sont parfaits (et leurs baisers, le premier un peu volé, le second nettement plus consenti, diablement langoureux), la musique ressemble à un remix américain de celle d'«In the mood for love» et l'image est belle à tomber avec ses couleurs contrastées, ses longs mouvements latéraux et ses ralentis qui soulignent la mélancolie des personnages.

La gène vient plutôt d'une lourdeur inhérente au récit: bien trop bavard et démonstratif, avec ses dialogues qui semblent collectionner les lieux communs. Ainsi, «quand une personne fuit, c'est généralement pour qu'on la recherche», croit savoir le patron de bar qui conserve aussi les clés que les amants éconduits jettent de dépit «pour que les portes ne restent pas fermées à tout jamais.»
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