Le cinéma perd parfois son latin

ECLAIRAGE Comment déterminer la nationalité d'un film...

Stéphane Leblanc

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Cannes, capitale du cinéma international. Et mondial, tant il devient difficile d’attribuer une nationalité à un film. Un détail? Sans doute, sauf à considérer les aides auxquelles peuvent prétendre certains de ces films. Faut-il se fier à la langue parlée à l’écran, à l’origine des capitaux investis, à la nationalité des acteurs ou du réalisateur? C’est souvent ce dernier que l’on retient en cas de coproduction complexe, quitte à se tromper. Indigènes, du Français d’origine algérienne Rachid Bouchareb, tourné au Maroc avec 70% du financement provenant de ce pays, fut ainsi estampillé français aux Césars et algérien aux Oscars…

Plus récemment, le délégué du festival Thierry Frémaux a annoncé « trois films français » en compétition: Une vieille maîtresse de Catherine Breillat, Les Chansons d’amour de Christophe Honoré et Le Scaphandre et le Papillon de Julian Schnabel. Doute : ce dernier est américain, le projet a longtemps été porté par une fidèle de Spielberg, mais il a été repris par une société française, tourné dans l’Hexagone avec des acteurs tricolores.

De même, quand Raphaël Nadjari, Français vivant aux Etats-Unis, réalise Tehilim en hébreux avec des acteurs israéliens, on considère bel et bien que c’est un film israélien. Non, l’erreur est d’avoir oublié Persepolis, de la dessinatrice iranienne de BD Marjane Satrapi. Ce film d’animation, majoritairement financé par des capitaux français et dont le doublage est assuré par Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni peut – et doit – être considéré comme le quatrième film français de la compétition.