«Une Palme ne donne pas un abonnement pour faire des films»

RECOMPENSE Comment la consécration cannoise a changé leur vie des frères Dardenne…

Recueilli par Caroline Vié

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Le Festival de Cannes persiste et signe : après une Palme d'or décernée l'an dernier au très social "L'enfant" des frères Dardenne, le jury a choisi de récompenser à nouveau un cinéma engagé et politique en couronnant le film de Ken Loach sur la guerre d'indépendance irlandaise.
Le Festival de Cannes persiste et signe : après une Palme d'or décernée l'an dernier au très social "L'enfant" des frères Dardenne, le jury a choisi de récompenser à nouveau un cinéma engagé et politique en couronnant le film de Ken Loach sur la guerre d'indépendance irlandaise. — François Guillot AFP/Archives
Jean-Pierre et Luc Dardenne ont reçus deux fois la Palme d’or : en 1999 pour Rosetta et en 2005 pour L’Enfant.

Vous a-t-on prévenus avant la cérémonie que vous auriez la Palme d’or?

Non. On vous demande juste d’être là. Vous vous doutez alors que vous recevrez un prix. Au fil de la soirée, vous vous rapprochez de la palme, sans bien réaliser ce qui est en train de se passer…

Est-ce pour cela que certains ont l’air surpris et d’autres déçus en venant chercher leurs prix?
Sans doute. Pour Rosetta, nous pensions que le prix d’interprétation pour Emilie Dequenne était le seul possible et nous étions déjà très contents. Pour L’Enfant, c’était encore plus inattendu: n’importe quelle récompense nous aurait satisfaits.

En quoi ces récompenses vous ont-elles aidés par la suite?
Ni Rosetta, ni L’Enfant n’auraient connu une telle carrière internationale sans ces récompenses. Pour autant, une palme ne donne pas un abonnement pour faire des films! Il faut tout reprendre de zéro pour monter chaque nouveau projet.

Y a-t-il des revers à cette consécration?
On imagine, sans doute à tort, qu’on va vous attendre au tournant. On se dit aussi qu’il ne faut pas se mettre à ronronner. Le confort peut être dangereux.

Avez-vous rencontré les présidents des jurys qui vous ont récompensés?
On a croisé David Cronenberg, mais la conversation a été limitée car nous ne sommes pas des polyglottes émérites! Nous avons eu plus de contacts avec Emir Kusturica lors d’un dîner où nous avons parlé football dans un mélange de français et d’anglais.

A quand votre troisième Palme d’or?
Nous ne faisons pas de films pour recevoir des prix. D’ailleurs, nous ne regardons jamais nos trophées quand nous travaillons. Nous leur tournons le dos après avoir fermé leurs boîtes! Nous venons de terminer l’écriture de notre nouveau projet et nous travaillons sur son financement. Avant de penser à l’or, il faut trouver de l’argent!
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