« Je regrette de ne pas avoir été soudoyé »

TEMOIGNAGE Grand prix du jury en 1983 avec Le sens de la vie, Terry Gilliam était lui-même juré en 2001…

Recueilli par Caroline Vié

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Terry Gilliam, réalisateur.
Terry Gilliam, réalisateur. — PATMAN/SIPA
Terry Gilliam, réalisateur de Brazil, Fisher King, Las Vegas Parano, ou encore des Frères Grimm a reçu le grand prix du jury en 1983 pour Le sens de la vie. En 2001, il passe de l’autre côté du festival en tant que jury. Témoignage.

Est-il plus facile d’être juré ou de présenter un film?
On travaille davantage quand on est juré ! Il faut se lever tôt pour voir les films et on ne peut même pas piquer un petit somme. Liv Ullmann, la présidente du jury en 2001, nous surveillait comme le lait sur le feu. Mais, je suis un malin, j’ai quand même roupillé discrètement pendant Eloge de l’amour, le film de Godard, un vrai pensum!

Comment se passent les délibérations?
On vous enferme dans une magnifique villa et on vous confisque votre téléphone portable, des fois que vous seriez tenté de faire passer les résultats en douce. On devient des prisonniers qui se battent comme des chiffonniers. C’est assez rigolo d’autant plus qu’on vous nourrit gratis.

Vous avez eu gain de cause pour le palmarès?

J’ai été très déçu que, malgré tous mes efforts, Billy Bob Thornton ne remporte pas le prix d’interprétation pour The Barber des frères Coen. Car récompenser Benoît Magimel, Isabelle Huppert et donner en prime à La Pianiste un grand prix, c’était assez démesuré! OK, j’ai adoré le film de Michael Haneke, et le travail d’Huppert m’a impressionné, mais si on aime autant ce film, pourquoi ne pas lui donner la Palme d’or. Au lieu de ça, c’est La Chambre du fils, de Nanni Moretti, qui l’a eu… C’était un choix plus consensuel.

A-t-on essayé de vous soudoyer?
Non, à mon grand regret. J’avais même fait la conférence de presse d’ouverture avec un tee-shirt «J’accepte les pots-de-vin». Je ne devais pas être assez discret car personne ne m’en a proposé.

Aviez-vous peur de vous tromper?
Non, car j’étais là pour donner mon opinion et je ne m’en suis pas privé! Nous étions tous très passionnés. Je crois ne m’être jamais autant disputé au sujet de films dont je ne suis pas l’auteur.C’était très excitant!

Le fait d’avoir été vous-même en compétition a-t-il influencé votre choix en tant que juré?
Pas du tout. Je fais très bien la part des choses. En compétition, j’ai connu la gloire avec Le Sens de la vie qui a reçu un grand prix du jury totalement inattendu en 1983, et on m’a massacré avec Las Vegas Parano, en 1998. Aucune de ces expériences ne m’est revenue en mémoire au moment de juger les films des autres.

Vous reviendriez à Cannes avec un film?

Bien sûr! Pour Le Sens de la vie, j’ai montré mes seins sur la plage et pour Las Vegas Parano, j’ai passé deux jours à me faire engueuler par les journalistes du monde entier. Johnny Depp, qui s’était déjà fait laminer l’année précédente avec sa première réalisation The Brave, en était malade, mais moi, je me suis bien amusé. On ne s’ennuie jamais au Festival de Cannes.