Pourquoi «Dear White People» n'est pas un film raciste

CINEMA Cette plongée réjouissante dans une université américaine s'est injustement fait taxer de racisme anti-blanc aux Etats-Unis...

Caroline Vié

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Tessa Thompson dans Dear White People
Tessa Thompson dans Dear White People — Happiness distributon

Envie de découvrir une fac américaine de l'intérieur? Dear White People est le film idéal pour cela. Avec un humour dévastateur, Justin Simien, 31 ans, fait partager la vie quotidienne de quatre étudiants blacks dans une université fictive où leur couleur de peau n'est pas majoritaire. «Mon but était de montrer comment on vit le fait d'être un étudiant noir dans un environnement  blanc», dit le jeune cinéaste reparti du Festival de Sundance avec un prix spécial du Jury.

 

Avec la participation des réseaux sociaux

«Dans la communauté noire, je me suis toujours demandé quel type de «noir» je devais être. C’est cette sensation qui m’a donné envie de traiter différemment l’expérience dite noire aux Etats-Unis», raconte Justin Simien, résolu à balayer bien des idées reçues sur le sujet. Pour ce faire, il a publié sur Twitter des déclarations sur la façon dont l'image que les blancs peuvent se faire des noirs. Les réactions recueillies lui ont permis d'étoffer le scénario de son film puis de tourner une vidéo de démonstration vue plus d'un million de fois et génératrice d'une avance de 50.000 dollars pour lancer le projet.

Proche de la réalité

Le film n'hésite pas à balayer les codes du politiquement correct à coups d'éclats de rire et d'idées provocatrices, comme cette soirée où les étudiants sont invités à «libérer leur noir intérieur». Entre Pedro Almodóvar et Spike Lee, cette charge féroce gratte l'Amérique là où ça la démange au point que certains spectateurs ont accusé le film d'être raciste et de caricaturer les blancs. «J'ai montré ce que j'avais pu en tant qu'étudiant sans avoir à en rajouter», précise Justin Simien qui signe un premier film aussi réjouissant que culotté.

Quand rire fait réfléchir

«Je ne cherche pas à changer le monde avec mon film mais donner à réfléchir sur l'hypocrisie des rapports raciaux. Je ne juge personne mais je trouve intéressant que des gens se soient sentis agressés», reprend le jeune réalisateur. L'humour est libérateur. Sans prendre de gants, mais sans agressivité non plus, Dear White People en dit long sur la place de chacun dans cette fac qui réunit l'élite de la jeunesse américaine. L'intelligence de Justin Simien a été d'éviter tout discours moralisateur, quitte à faire grincer des dents entre deux éclats de rire.