«White shadow»: Il ne fait pas bon être albinos en Tanzanie

CINEMA Un jeune Albinos tanzanien tente de survivre à sa condition dans ce film brillant récompensé à Venise...

Caroline Vié

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Hamisi Bazili dans White Shadow
Hamisi Bazili dans White Shadow — Temperclayfilm/Premium films

En Tanzanie, les membres et organes des Albinos sont censés être détenteurs de pouvoirs magiques. White Shadow de Noaz Deshe suit le calvaire d'un gamin à la peau claire dont les bras et jambes convoités pourraient être vendus fort cher au marché noir. Une réalité en Tanzainie où, entre 2008 et 2010, deux cents assassinats liés à ces pratiques ont été commis.

Un jeune acteur qui sait que quoi il parle

Hamsi Bazili, qui incarne le héros, a lui aussi été persécuté parce qu'il est albinos. «Son histoire est proche de celle que nous racontons, explique le réalisateur. Il a déménagé en ville après avoir été abandonné par son père et s'est consacré corps et âme au tournage car le sujet du film le touchait particulièrement». La chasse à l'homme sans pitié que subit le gamin a cela de terrifiant que ceux qui la pratiquent estiment normal de massacrer des  enfants pour les vendre en pièces détachées. Soutenue par une belle partition de James Masson, cette traque laisse à bout de souffle.

Proche d'un film d'horreur

Récompensé par le Lion d'or du meilleur premier film à la Mostra de Venise, ce film intense, coproduit par Ryan Gosling, flirte avec le cinéma d'épouvante notamment lors d'une séquence où le jeune homme se couvre de boue pour se cacher de tueurs armés de machettes. La prestation de ce gamin, à peine sorti de l'enfance, est absolument remarquable dans ce qu'elle communique d'horreur pure. On prend fait et cause pour lui d'autant plus qu'il semble ahurissant que de telles croyances existent encore au 21e siècle. Hamsi Bazili semble en tout cas tiré d'affaire: il suit maintenant des études tout en envisageant de tourner d'autres films avec Noaz Deshe.

Vers un changement des mentalités?

En janvier dernier, la Tanzanie a officiellement interdit la sorcellerie mais les attaques contre les Albinos n'ont pas cessé pour autant. «Je ne sais pas si mon film changera les choses mais il invite les gens à se poser des questions sur ces pratiques», déclare le réalisateur. Ce conte cruel va cependant beaucoup plus loin que la dénonciation des superstitions dans un pays particulier. «L'Albinos, c'est l'autre, martèle Noaz Dashe. Si je parle d'Albinos dans White Shadow, il existe de nombreux exemples de persécutions du même style dans le monde entier». Cette universalité donne un poids supplémentaire à son œuvre.