«The Voices»: Marjane Satrapi transforme Ryan Reynolds en tueur «sympathique»

CINEMA La réalisatrice de «Persepolis» et de «Poulet aux prunes» signe une comédie réjouissante à l'humour très noir...

Caroline Vié

— 

Ryan Reynolds dans The Voices
Ryan Reynolds dans The Voices — © 2015 Ascot Elite Filmverleih GmbH/Le Pacte

Marjane Satrapi a pris goût au cinéma et elle a rudement bien fait. Après le délirant La bande des jotas (2013), sa première réalisation en solo, elle dirige Ryan Reynolds, Gemma Aterton et Anna Kendrick dans The Voices, un thriller horrifique à l'esthétique originale et à l'humour ravageur.

Un héros presque ordinaire

«Le film repose sur un type qui ne voit pas les choses comme les autres», explique Marjane Satrapi. Ce jeune homme au sourire d'enfant et à l'enthousiasme communicatif tente de se faire accepter dans l'usine où il emballe des toilettes à longueur de journée. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles s'il n'était pas fou à lier. Quand il tombe amoureux d'une collègue et qu'il arrête de prendre ses médicaments, les choses vont très mal tourner.

Un cocktail de genres

The Voices n'aurait pu être n'être qu'un énième film sur la schizophrénie et les hauts faits rocambolesques d'un tueur en série. Cela aurait été sans compter la fantaisie de Marjane Satrapi qui jongle savamment avec les genres: horreur, fantastique et même comédie musicale. «J'ai adoré que le scénario me fasse à la fois peur et rire», dit-elle. C'est de ce mélange subtil que naît le charme d'un film atypique qui fait tantôt sourire et tantôt frissonner.

La voix des animaux

Le héros du film entretient des conversations avec ses animaux domestiques, un chat qui le conseille de façon diabolique et un chien qui essaye de tempérer ses instincts meurtriers. «Ce sont l'ange et le diablotin, dit Marjane Satrapi et bien évidemment, c'était le diablotin qui m'intéressait davantage». Les discussions délirantes entre l'assassin et ses complices à quatre pattes constituent les moments les plus savoureux du film.

Entre horreur et comics

De son expérience de dessinatrice, l'auteur de Persepolis et de Poulet aux prunes a conservé un sens aigu des images marquantes comme un ballet de transpalettes ou un amoncellement de boîtes hermétiques au contenu macabre. La bande dessinée et le cartoon s'invitent dans cette fable où les têtes coupées peuvent donner leur façon de penser et où un bowling désaffecté devient un décor inquiétant. Marjane Satrapi a l'art et la manière de surprendre. C'est ce qui rend son film si excitant.