Oscar: Alejandro Inarritu, le mélomane rock qui a délaissé la radio pour le cinéma

CINEMA Avant d’être cinéaste, Alejandro Gonzalez Inarritu s’est d’abord fait connaître comme présentateur vedette d’une radio musicale mexicaine…

20 Minutes avec AFP

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Gonzalez Inarritu décroche quatre Oscars dont celui du meilleur film et de meilleur réalisateur pour son film Birdman.
Gonzalez Inarritu décroche quatre Oscars dont celui du meilleur film et de meilleur réalisateur pour son film Birdman. — AFP

Son film Birdman vient de décrocher 4 Oscars dont celui de meilleur film et de meilleur réalisateur faisaint d'«El Negro» Inarritu, 51 ans, a été le premier Mexicain a être nommé dans les grandes catégories des Oscars avec Babel (2006).

Il y a 20 ans, peu de gens auraient parié sur le fait que Gonzalez Inarritu finirait pas se faire une place dans l'olympe de Hollywood. Mélomane passionné, ce Mexicain est devenu célèbre dans les années 80 comme présentateur vedette de la radio musicale WFM où il commença à travailler très jeune, avant même de terminer ses études en communication à l'Université privée ibéroaméricaine de la capitale mexicaine.

Il aurait été difficile à l'époque de prévoir que ce DJ à la voix profonde, né au sein d'une famille de classe moyenne, échangerait ses interviews de rockers et l'organisation de concerts pour tenter sa chance sur le grand écran. Mais l'esprit d'aventure dont il fit preuve très jeune - à 19 ans il s'engagea comme mousse sur un cargo qui allait vers l'Europe et l'Afrique - l'amena à explorer de nouveaux horizons professionnels sans jamais perdre son goût immodéré de la musique.

«Je suis un musicien, un musicien frustré»

«Je crois qu'avant d'être un cinéaste, je suis un musicien, un musicien frustré », dit Inarritu, qui prend un soin maniaque au peaufinage de ses bandes sonores. Il proclame que Amours chiennes (2000), le film qui l'a fait entrer dans la gloire cinématographique, est un morceau de rock, que 21 grammes est du jazz (2003), Babel (2006) un opéra et Biutiful (2010) un requiem.

Explorant de nouvelles pistes, Gonzalez Inarritu avait quitté la direction de WFM pour se recentrer sur la création de publicités et de courts-métrages avec sa maison de production Zeta Films et quand il fut engagé par la principale télévision mexicaine, Televisa, pour rénover son image. Parallèlement, attiré de plus en plus par le tournage de fictions, il commença à étudier la mise en scène de théâtre avec le Mexicain d'origine polonaise, Ludwik Margules.

C'est à cette époque qu'il rencontra l'un des hommes qui devaient jouer un rôle crucial dans sa carrière, le scénariste Guillermo Arriaga, avec lequel il réalisa Amours chiennes qui relate trois histoire croisées dans la capitale mexicaine. Ovationné au festival de Cannes en 2000, le film fut récompensé par le prix de la critique.

«Alejandro est un visionnaire, un virtuose, un homme aux talents multiples, obsessif, perfectionniste. Il opère un suivi si minutieux de ses personnages sur les plans émotionnel et psychologique qu'il est l'un des meilleurs directeurs d'acteurs au monde », dit à l'AFP Vanessa Bauche, l'une des héroïnes de Amours chiennes.

«Plus je fais des films, moins je sais et moins je comprends»

Après le succès de son premier film, le Mexicain décida de s'installer à Los Angeles où il tourna 21 grammes avec Sean Penn et Benicio del Toro, puis « Babel », avec Brad Pitt et Cate Blanchett. Babel fit de d'Inarritu le premier Mexicain reconnu comme meilleur réalisateur à Cannes, mais le film fut également la cause de sa rupture avec Arriaga. Le scénariste eut le sentiment que l'importance de son rôle d'auteur lui avait été enlevée et annonça qu'il ne travaillerait plus avec le réalisateur.

En 2007, Inarritu a mis en place un partenariat avec ses amis Alfonso Cuaron et Guillermo del Toro au sein de la maison de production Cha Cha Cha Film, avec laquelle il tourna à Barcelone « Biutiful ». Avec Birdman, le Mexicain a voulu laisser derrière lui ses quatre drames antérieurs. «Plus je fais des films, moins je sais et moins je comprends. Et moins je sais, plus j'aime les films. Et plus je les aime, moins j'ai envie de savoir ce que signifie faire des films», a-t-il dit.