Festival de Cannes: A quoi ressemblera la Palme d’or des frères Coen?

CINEMA Voici à quoi ressemblerait le film vainqueur du prestigieux prix cannois si les deux présidents du jury établissaient leur palmarès en fonction de leur filmographie...

Joel Metreau
— 
The Dude (Jeff Bridges) avec Walter (John Goodman) et Donny (Steve Buscemi) dans The Big Lebowski.
The Dude (Jeff Bridges) avec Walter (John Goodman) et Donny (Steve Buscemi) dans The Big Lebowski. — AP/SIPA

Personne n'est dupe. Au festival de Cannes, les présidents se démarquent toujours par des choix d'univers à mille lieues des leurs. Mais à quoi pourrait ressembler la Palme d’or de Joel et Ethan Coen s’ils décidaient de la choisir en fonction de leurs films? Leurs seize longs-métrages offrent quelques pistes.


 

 

On connaît les acteurs

La prochaine Palme d’or verra au moins un rôle interprété par un de leurs acteurs fétiches. Les frères Coen sont d’une fidélité sans faille à des «gueules», belles ou atypiques: John Goodman, John Turturro, Steve Buscemi, Jeff Bridges, Frances McDormand ou encore George Clooney. La tribu Coen s’élargit aussi avec le temps. Ainsi, le «petit nouveau» Josh Brolin a été recruté en 2007 pour No Country for Old Men. Après True Grit (2010), on le retrouvera aux côtés de George Clooney et de Tilda Swinton dans leur prochain film Hail, Caesar!

Nicolas Cage dans Arizona Junior. - RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

On va rire

La comédie est boudée à Cannes. Mais il va falloir rire en Sélection officielle. Car l’humour, même tragique, traverse les films des Coen. Qu’il soit burlesque comme dans Arizona Junior, avec un Nicolas Cage tout droit sorti d’un cartoon de Tex Avery. Très à froid, comme dans l’implacable Fargo. Ou qu’il tourne au jeu de massacre. Lady Killers, Intolérable cruauté ou Burn after Reading enchaînent les piques verbales et les situations improbables sur un rythme implacable. Chez les Coen, l’humour triomphe jusque dans l’absurdité. A l’image du Grand Saut qui voit un crétin doux rêveur engagé sans le savoir pour couler une entreprise. Et qui finit par la relever grâce à un cerceau en plastique.

Steve Buscemi dans Fargo. - REX FEATURES/SIPA

Il va y avoir du sang

Ce n’est pas un hasard si le film qui a lancé la carrière des films Coen relève du film noir. Blood Simple s’achevait sur un corps troué d’une balle, un homme qui se marre avant de rendre l’âme. Les Coen sont alléchés par l’odeur du sang. C’est le tueur à gages Carl (Steve Buscemi) qui passe la moitié de Fargo avec une compresse sur son visage amoché. C’est une guerre entre gangsters dans Miller’s Crossing.  Mais le personnage qui pousse au paroxysme la noirceur des frères Coen, c’est l’ange exterminateur Anton Chigurh dans No Country for Old Men. Incarné par Javier Bardem, il met le sort de ses victimes en jeu à «pile ou face».

Javier Bardem dans No Country for old men. - REX FEATURES/SIPA

De vrais losers

Il faudra un personnage de raté dans la Palme d’or. La filmographie des frères Coen est parsemée de ces losers magnifiques qui subissent les rouages du destin. Dans Fargo, il prend la forme d’un vendeur de voitures Jerry Lundegaard (William H. Macy) qui organise le vrai-faux kidnapping de sa femme. Dans Barton Fink, il s’agit d’un auteur à succès confronté aux affres de la vie de scénariste à Hollywood, tandis qu’Inside Llewyn Davies accompagne un musicien folk en quête de gloire. Mais c’est The Big Lebowski qui porte au firmament le personnage de looser. Il a même droit à son surnom. C’est «The Dude», incarné par Jeff Bridges.

John Turturro dans The Big Lebowski. - REX FEATURES/SIPA

Un passé pas si lointain

Enfin, la Palme d’or aura peut-être les atours d’un film à costumes. Les Coen plantent souvent leur action dans d’autres temps. True Grit revisitait le western à la fin du XIXe siècle. Mais c’est le plus loin dans l’histoire qu’ils sont remontés. Le XXe siècle, avec la naissance de l’industrie du divertissement, les intéresse davantage: C’est la Grande Dépression (O’Brother, Where Art Thou?), la période de la prohibition (Miller’s Crossing), l’après-guerre (The Barber, l’homme qui n’était pas là), ou encore les sixties balbutiantes (Inside Llewyn Davis). En introduisant ce léger décalage dans le passé, les frères Coen portent un regard d'autant plus acéré et mélancolique sur notre époque.