Atom Egoyan fait de ses «Captives» des victimes de choix

CINEMA Le réalisateur de «De beaux lendemains» signe un polar haletant et troublant autour d'un drame familial...

Caroline Vié
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Ryan Reynolds dans Captives
Ryan Reynolds dans Captives — ARP selection

Huit ans après la disparition de leur fille, un couple reçoit d'étranges indices donnant à penser qu'elle est encore en vie. Captives d'Atom Egoyan alterne les points de vue passant de celui des parents à celui de l'adolescente détenue par un pédophile pour entraîner le public dans un suspense haletant.

Trois victimes pour un seul crime

Revenu bredouille du Festival de Cannes, ce thriller brillant marque le grand retour du réalisateur de De beaux lendemains (1997) avec un scénario diabolique librement inspiré de l'affaire Natasha Kampusch. «L'idée de parler à la fois de la prisonnière et de ses parents m'est venue quand je me suis dit que les deux souffraient autant. Ce qui cause leur pire douleur est de ne pas savoir quand et comment leur calvaire prendra fin», explique le réalisateur canadien.



Dans les griffes d'un fou furieux

La gamine est détenue par un maniaque grand amateur de caméras de surveillance qui la pousse à recruter de nouvelles proies pour lui. «Bien que mon film soit une fiction, je me suis penché sur des affaires semblables et j'ai été fasciné par le fait que les enfants victimes de ce type de maniaques devenaient souvent leurs complices en vieillissant». Cet aspect original de l'affaire renforce le côté poignant d'une situation terrible où la victime finit par devenir bourreau dans l'espoir de manipuler son geôlier.

Un père dans la tourmente

Captives marquera très certainement un tournant dans la carrière de Ryan Reynolds. Le beau gosse vu dans Green Lantern (Martin Campbell, 2011) confirme toutes les qualités aperçues dans le huis clos Buried (Rodrigo Cortes, 2010). Seul contre des policiers qui le soupçonnent, il se met en quête de sa bambine disparue pendant qu'il faisait un achat. «C'était un rôle très physique, explique-t-il, car il fallait garder en permanence le langage corporel d'un père harassé par un fardeau d'angoisse et de culpabilité».

Une course contre la montre

Le film joue avec une intelligence rare sur les rapports familiaux et humains. «L'identification du spectateur au père et à sa fille me semblait indispensable pour renforcer l'impression de course contre la montre qu'ils vivent tous deux, mais je trouvais aussi important de souligner le rôle de la police», déclare Atom Egoyan. L'errance de ces êtres dont les destinées vont être bouleversées par un crime odieux est décrite par le cinéaste avec autant de sensibilité que de virtuosité.