«Timbuktu»: Une ode splendide et subtile à la tolérance

CINEMA «Timbuktu» est un grand film, à la fois drôle, poétique et grave, signé Abderrahmane Sissako...

Caroline Vié

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Timbuktu
Timbuktu — Le Pacte

C'était l'un des coups de cœur de 20 Minutes lors du dernier Festival de Cannes, pourtant oublié par le jury de Jane Campion. Timbuktu, merveilleux film signé Abderrahmane Sissako, a quand même été couronné par le prix du jury œcuménique. Avec un humour en forme de politesse du désespoir et une poésie dépourvue de mièvrerie, le réalisateur de Bamako (2006) décrit la vie d'une ville malienne et d'une famille nomade sous l'influence des djihadistes.

Un film engagé

Sissako n'appuie jamais le trait pour décrire l'absurdité des situations et la violence subie par la communauté, mais son film se révèle cependant profondément engagé. «En tant que cinéaste, il m'était impossible de ne pas prendre position sur ce qui se passe dans ce pays, nous a-t-il confiés. Faire connaître sa situation par le biais d'une œuvre d'art présentée dans une manifestation internationale comme Cannes me semble un acte important». Une lapidation transformée en chorégraphie plus puissante que des images crues ou un match de football clandestin joué sans ballon témoignent de l'imagination d'un cinéaste au sommet de son art.

Entre réalité et fiction

Le réalisateur a longtemps hésité à faire un documentaire avant de se décider pour une fiction. «Je ne voulais pas avoir à donner la parole aux Islamistes mais montrer les choses telles que je les voyais», explique-t-il. Sissako s'est cependant inspiré de faits qui l'ont marqué - la mise à mort d'un couple vivant en concubinage ou l'exécution d'un Touareg - pour écrire son scénario. Malgré le désir du cinéaste, le film n’a pas pu être tourné à Tombouctou. Pour des raisons de sécurité, il a planté sa caméra en Mauritanie, à Oualata, la ville de ses ancêtres, où il a tourné protégé par l'armée. 

Une petite fille bouleversante

Abderrahmane Sissako a recruté la plupart des acteurs du film dans le camp de M'bera où il a notamment débusqué une fillette qui l'a tellement impressionné qu'il a ajouté un personnage pour le lui faire jouer. «Son naturel et sa fraîcheur m'ont inspiré, dit-il. Elle représente la pureté dans un monde devenu fou». La course éperdue dans le désert de cette petite fille aux grands yeux constitue l'un des moments les plus émouvants du film laissant au spectateur le temps de réfléchir, les yeux humides et le cœur pesant, sur l'absurdité de l'intégrisme religieux.