Eric Toledano («Intouchables»): «On se plaint mais le cinéma français ne passe pas si mal»

INTERVIEW Avec «Intouchables», Eric Toledano et Olivier Nakache ont signé le deuxième plus gros succès français après « Bienvenue chez les Ch'tis» et le film a détrôné «Amélie Poulain» à l'étranger...

Annabelle Laurent
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Eric Toledano (à droite) et Olivier Nakache (à gauche), les deux réalisateurs de Samba et Intouchables
Eric Toledano (à droite) et Olivier Nakache (à gauche), les deux réalisateurs de Samba et Intouchables — STJEPANOVIC DANKO/SIPA

Le Boogie Wonderland de Driss alias Omar Sy revient dimanche sur TF1. Alors que la première diffusion d’Intouchables a toutes les chances de battre des records d’audience, 20 Minutes a posé trois questions au réalisateur Eric Toledano, dans le cadre de notre dossier sur l’audace à l’occasion d’Osons la France. Avec 19,44 millions d’entrée en France et 31,9 millions à l’étranger, Intouchables reste trois ans après sa sortie emblématique d’une réussite du cinéma français.

Vous avez beaucoup voyagé pour «Intouchables». Quelle image avez-vous du cinéma français après avoir pu mesurer celle qu’il reflétait à l’étranger?

L’année des Golden Globes, en 2013, trois des cinq films étrangers étaient liés à la France: De rouille et d’os, Amour, et Intouchables. Trois sur cinq pour représenter le cinéma mondial, ça vous donne une idée de l’aura du cinéma français à l’étranger. Sans compter que c’était après la victoire de The Artist. Le cinéma français, c’est un peu comme la France: on se plaint énormément, on est toujours un peu déprimés, mais si on fait un bilan un peu pragmatique, ça ne passe pas si mal que ça. On jouit d’une image dynamique. On a tendance à voir le verre à moitié vide alors qu’on a un cinéma très divers, de tous les genres, il y a beaucoup de succès français dans beaucoup de pays… En voyageant on s’est aussi rendus compte à quel point les cinématographies nationales pouvaient être faibles et dominées par le ciné US, que ce soit en Allemagne, Italie, Espagne… En France, on produit 220 films par an, on a une résistance, une créativité hors norme. C’est une histoire balèze, le cinéma et la France.

Omar Sy est parti à la conquête d’Hollywood. C’est dommage? 

S’il fait des X-Men, ça va, tant que ses vrais rôles sont en France! Mais comme il est très talentueux, à un moment donné, ils vont lui donner des rôles plus consistants. Donc ça va être plus difficile de le garder. Pour l’instant il vient de revenir en France pour un tournage, ça veut bien dire que les vrais rôles sont ici. Les Etats-Unis, c’est toujours attirant, mais la majeure partie des cinéastes qui y sont partis n’y sont pas restés. Cela montre bien qu’il y a plus de liberté ici, beaucoup de créativité, plus d’indépendance par rapport aux studios. 


Omar Sy, Eric Toledano et Olivier Nakache, le 24 février 2012 pendant la Cérémonie des Césars. L'acteur a remporté le César du Meilleur Acteur. - Jacques Brinon/AP/SIPA

 Le CNC veut limiter le montant des cachets des acteurs à 1 million d'euros. C’est une bonne chose?
J’ai vu que c’était tombé, il faut voir dans le détail. Il y a eu tellement de polémique et  d’explications sur la place publique qu’à un moment c’est bien qu’il y ait une issue. Ce serait bien que ça redevienne sain dans ce milieu. Après, moi ça ne me choquait pas. Je ne suis pas outré que les gens soient bien payés quand ils s’investissent à ce point là dans les films.