«Mr Turner»: Entre coup de gueule et coup de maître

CINEMA Mike Leigh dirige l'excellent Timothy Spall dans le rôle du peintre Turner pour ce biopic aux images sublimes...  

Caroline Vié

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Mr. Turner
Mr. Turner — © PROKINO Filmverleih Gmbh/Diaphana

Joseph Mallord William Turner (1775-1851) était un incontestablement un artiste visionnaire, mais il n'était pas facile à vivre. Telle est la conclusion à retirer de Mr. Turner de Mike Leigh, biographie du grand peintre pour laquelle Timothy Spall a reçu le prix d'interprétation à Cannes cette année.

L'homme derrière le génie

Le «peintre de la lumière», précurseur de l'impressionnisme, totalement dévoué à son art, a inspiré le réalisateur et son comédien. «Mon film évoque l'écart entre cet homme très mortel et son œuvre éternelle», déclare Mike Leigh qui brosse un portrait attachant d'un génie capable de se montrer fort désagréable et de ne s'exprimer que par borborygmes. Timothy Spall, l'un des acteurs fétiches du cinéaste, croisé notamment en chauffeur de taxi touchant dans All or Nothing (2002,) saisit la complexité de cet artiste capable du pire et du meilleur comme de faire naître la beauté en quelques coups de pinceau.

Transcender le biopic

Si certaines images de son film flirtent avec la splendeur des toiles de Turner, Mike Leigh n'a pas cherché la reconstitution figée qui tue l'émotion dans bien des biopics. Son Mr. Turner renfrogné ne gagnera pas de concours de beauté, mais il émeut en profondeur même dans ces aspects les moins reluisants. Entre l'émerveillement provoqué par les tableaux du maître romantique et la trivialité de sa vie quotidienne, le cinéaste a creusé le sillon d'une œuvre rare, à la fois moderne et intemporelle, sur la création artistique.