Balzac bien honoré par Rivette

ADAPTATION Pendant la Restauration, une aristocrate (Jeanne Balibar) et un officier (Guillaume Depardieu) se livrent à...

Caroline Vié

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Pendant la Restauration, une aristocrate (Jeanne Balibar) et un officier (Guillaume Depardieu) se livrent à un jeu de chat et de souris amoureux et tragique. Pour son nouveau film, Ne touchez pas la hache, Jacques Rivette porte à l'écran La Duchesse de Langeais d'Honoré de Balzac. Le réalisateur et ses scénaristes complices, Christine Laurent et Pascal Bonitzer, ont tenu à « rester fidèles à l'esprit, mais aussi à la lettre » de l'oeuvre originale, dont ils ont souhaité « transposer l'écriture en termes cinématographiques ».La réussite est totale, tant dans les face-à-face des héros que dans des passages comiques égratignant les snobs de l'époque. Jeanne Balibar (que Rivette avait précédemment dirigée dans Va savoir) et Guillaume Depardieu excellent dans les rôles principaux. La première éblouit en écorchée vive, tour à tour bourreau et victime. Le second impressionne par sa présence monolithique dans la peau d'un soupirant éconduit dont l'amour se transforme en haine. L'intensité de leurs rapports est saisie avec une sobriété remarquable. Les dialogues ciselés de Balzac, d'une modernité surprenante, s'effacent devant des silences écrasants. De salles de bal bondées en boudoirs confinés nimbés d'une lumière froide, l'espace se rétrécit autour des héros. Implacable, l'ancien membre fondateur de la Nouvelle Vague communique la douleur de personnages vivant leur passion à contretemps.