«Respire»: Mélanie Laurent signe un film choc sur une amitié perverse entre deux lycéennes

CINEMA Plus connue comme actrice, Mélanie Laurent réalise un excellent deuxième film avec deux comédiennes qu'elle dirige à merveille...  

Caroline Vié
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Respire
Respire — Jérôme Plon

La réussite de son premier film, Les Adoptés (2011), n'avait rien d'un accident. Avec Respire, présenté en séance spéciale à la Semaine de la Critique, Mélanie Laurent dépeint avec acuité les rapports ambigus entre deux lycéennes dont l'amitié tourne progressivement en relation toxique. Non contente de livrer une œuvre forte très dérangeante, la réalisatrice révèle deux comédiennes formidables: Lou de Laâge et Camille Japy.

Un livre puissant et un fil choc

Mélanie Laurent n'avait que 17 ans, l'âge des protagonistes, quand elle a découvert le livre d'Anne-Sophie Brasme (J'ai lu, 5,10€) qui a inspiré son film. «Je ne l'ai pas relu, dit-elle, car je voulais conserver l'impression que j'avais eue à l'époque. Il m'avait laissé une trace indélébile». La violence du roman a déteint sur le long-métrage qui retrouve la brutalité des années adolescentes avec leurs joies mais aussi leurs sentiments exacerbés. La cinéaste manifeste un certain talent pour saisir la perversité de la jeunesse au gré d'un film puissamment dérangeant.

Une directrice d'actrice remarquable

L'atout majeur de Mélanie Laurent, ce sont ses comédiennes, absolument remarquables. «Je savais qu'à partir du moment où je les aurais trouvées, une grande partie de mon travail serait fait» dit-elle. Directrice d'actrice hors pair, la cinéaste leur faire donner le meilleur dans des rôles délicats. «Lou était habituée aux personnages timides et elle était ravie de laisser apparaître un aspect plus sombre de sa personnalité», explique Mélanie Laurent. La jeune comédienne fascine et effraye en perverse narcissique prenant la douce Lou de Laâge sous sa coupe.

Des relations complexes

En dehors d'une scène équivoque entre les deux héroïnes, l'homosexualité n'est pas du tout le thème de Respire. Mélanie Laurent joue sur la dépendance progressive de la victime pour son bourreau livrant une analyse brillante d'une relation très forte. «C'est cet engrenage que j'ai voulu montrer à un âge où on est influençable et où on a besoin d'être aimé», dit-elle. Les adultes, notamment Isabelle Carré et Claire Keim, sont tout aussi remarquables que les jeunes filles. «J'avais envie de travailler avec un groupe soudé de gens motivés», dit Mélanie Laurent qui a, depuis, repris le chemin des plateaux comme actrice en allant tourner sous la direction d'une consœur également comédienne et réalisatrice: Angelina Jolie.