Takeshi Kitano pique une colère contre le cinéma japonais

CINEMA Le réalisateur, qui n'a pas mâché ses mots contre l'industrie du film nipponne, a aussi lâché qu'il était fatigué de faire des films violents et qu'il n'aimait pas les films d'animation d'Hayao Miyazaki...

Mathias Cena

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Takeshi Kitano explique sa vision du cinéma au Festival international du film de Tokyo, le 25 octobre 2014.
Takeshi Kitano explique sa vision du cinéma au Festival international du film de Tokyo, le 25 octobre 2014. — TORU YAMANAKA / AFP

De notre correspondant à Tokyo

«J’ai déjà reçu des récompenses en tant que comique, en tant que réalisateur et j’ai un casier judiciaire. Au Japon je suis sûrement le seul!» Pince sans rire, Takeshi Kitano, comique et réalisateur, ou l’inverse, se présente au public.

Le cinéaste, auteur de Outrage, Zatoichi ou Sonatine, qui va recevoir cette année le prix Samouraï du Festival du film de Tokyo pour l’ensemble de sa carrière (prix qui sera aussi remis à Tim Burton), était invité samedi à répondre aux questions de huit jeunes réalisateurs japonais sur sa vision du présent et de l’avenir du cinéma nippon. Takeshi Kitano, d’abord connu en tant que comique au Japon, où il est omniprésent à la télévision, n’a pas mâché ses mots contre l’industrie locale du cinéma, critiquant notamment la manière dont sont choisis les films qui représentent le Japon aux Oscars, pour la catégorie Meilleur film étranger:

«C’est le pire. Seuls les films des trois ou quatre grands studios peuvent être sélectionnés. Du coup, aucun de mes films n’a jamais été présenté. Qui sont les membres de l’Académie qui choisissent les films? Pourquoi les considérations commerciales limitent-elles toujours la liberté d’expression des cinéastes?», a tonné Takeshi Kitano, avançant que c'était «l'une des raisons pour lesquelles le cinéma japonais va à vau-l’eau!».

«Les producteurs n’ont pas le courage de prendre un scénario original»

Egratignant au passage les médias nippons qui selon lui ne dénoncent pas suffisamment cette situation, il a poursuivi: «Comme ils passent des pubs pour les films ils ne peuvent rien dire. Quand ils racontent les cérémonies de remises des prix, si quatre personnes se sont levées ils écrivent "standing ovation pendant 15 minutes!"».

Admettant d’une voix rauque que son discours tournait à la complainte, le maître a aussi dispensé des conseils aux jeunes réalisateurs, revenant sur ses propres débuts en tant que comique de manzaï, et sur ses petits boulots qui lui avaient ensuite servi dans son métier de réalisateur.

Kitano a au passage livré ses opinions tous azimuts, confiant qu’il n’aimait pas les films d’animation de Hayao Miyazaki et qu’il commençait à être fatigué de faire des films violents. Répondant à une question d’une étudiante en cinéma sur les adaptations de mangas pour le petit et le grand écran, il a regretté le manque d’originalité du cinéma : «Les producteurs adaptent des mangas parce que ça attire le public. C’est le succès assuré. Ils n’ont pas le courage de payer des gens pour écrire un scénario original.»