VIDEO. «Mommy», un joyau de cinéma pop à l'état brut

CINEMA A 25 ans, Xavier Dolan signe un mélo ébouriffant, le film pop le plus important depuis «Pulp Fiction»…

Stéphane Leblanc

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Mommy
Mommy — MK2

Une jeune veuve au bord de la crise de nerfs recueille son adolescent de fils, attachant mais violent, qu’un centre correctionnel vient d’expulser: de quoi bouleverser un équilibre de vie déjà précaire. Mais un jour, ce duo de choc se lie d’amitié avec la voisine d’en face, qui va aider la mère et son fils à recadrer leur existence…

Fucking rose

«J’aime surprendre», prévient d'emblée Xavier Dolan. Inventer des répliques délurées du style «elle, son cul sent la fucking rose, c'est écrit dans le ciel». Ou imposer à l’écran un format d’image carré: «On peut avoir l’impression que les personnages sont enfermés dans un cadre étroit, explique-t-il à 20 Minutes, mais ça leur donne en fait un potentiel de liberté élevé». Le format carré, c’est aussi une référence «à toutes ces pochettes d’album qui ont marqué notre imaginaire», car Dolan a voulu faire un «film pop», avec des morceaux de Céline Dion dedans. Un peu l’équivalent d’un Pulp Fiction ressuscitant Travolta il y a 20 ans.

Dolan-Wells: 5-1

A 25 ans, un génie précoce comme Orson Wells venait de réaliser son premier film: Citizen Kane. Au même âge, Xavier Dolan en est déjà au cinquième. Et cette fois, il ne joue pas dedans. «Quand il n’y a pas de rôle pour moi, je n’ai pas besoin d’être là», dit-il. Par contre, il reste omniprésent derrière la caméra: «Je fais ce que j’aime faire, j’essaie de m’arrêter quand je ne sais pas faire.» Mais il sait tout faire et il le fait plutôt bien: réaliser bien sûr, écrire, produire, monter… et faire les costumes. Un domaine «trop souvent négligé dans le cinéma», selon lui, alors que «c’est pourtant la première chose qu’on voit d’un personnage».

Surexposé, mais pas grillé

A Cannes, Xavier Dolan n’a remporté pour Mommy «que» le prix du jury, ex aequo avec Jean-Luc Godard, mais il dit avoir tout gagné: «L’estime de la critique et l’amour du public, c’est la plus belle des palmes». Depuis, il aurait bien mis sa carrière entre parenthèses. «Moi qui n’arrête pas depuis l’âge de 17 ans, je voudrais prendre le temps de vivre comme les jeunes de mon âge». Mais il se lance dans un nouveau projet, son premier en anglais, avec Jessica Chastain. En promo, il craint de trop en faire et qu’on se lasse de le voir, mais il multiplie les interviews et répond à ses followers sur Twitter. Où il rappelle que son nom se prononce «Dolan, comme Doliprane».

Léo ce héros

Pour le jeune cinéaste, il est important de savoir d’où l’on vient. «Oui, j’ai des héros», dit-il. Le premier d’entre eux, c’est Leonardo DiCaprio, à qui il a écrit une lettre, à 8 ans, après avoir vu Titanic, comme l'a rappelé So Film.

Ses autres films fétiches: La Leçon de piano, Batman le défi, Jumanji ou Sweet Sixteen, de Ken Loach, dont les héros ont inspiré celui de Mommy. Rien chez Godard, qu’il «respecte» mais s’en «fout un peu», a-t-il confié aux Inrocks cet été. Ou Almodovar, à qui on le compare souvent, mais dont il n’a «vu presque aucun film». «Il y a de grands trous dans ma cinéphilie», concède celui qui n’a découvert les films de Hitchcock qu’après avoir réalisé son propre thriller, Tom à la ferme.

Pas gay, mais gai

«Le thème de l’homosexualité, j’ai fait le tour de la question», souffle-t-il encore à 20 Minutes… De fait, Mommy est une histoire d’amour entre une mère et son fils, une histoire à la fois singulière et universelle. Pas un film gay, mais un film gai, ça oui! Ou mélancolique selon les moments, mais où «tout est fait pour rendre l’image colorée et lumineuse, alors qu’il a fait un temps pourri sur le tournage... » Toute la magie du cinéma écrite dans le ciel.