«Saint Laurent» taillé sur mesure pour le cinéma de Bonello

CINEMA Et sélectionné par le CNC lundi pour représenter la France aux Oscars...

Stéphane Leblanc
— 
Gaspard Ulliel dans Saint Laurent
Gaspard Ulliel dans Saint Laurent — MANDARIN CINEMA - EUROPACORP – ORANGE STUDIO – ARTE FRANCE CINEMA – SCOPE PICTURES / CAROLE BETHUEL

«Ce n’est pas un biopic», martèle Gaspard Ulliel depuis la présentation du film au festival de Cannes. Ce n'est pas non plus une biographie officielle, et c'est d’ailleurs la principale différence entre Saint Laurent de Bertrand Bonello, qui représentera la France aux Oscars, et le film Yves Saint Laurent de Jalil Lespert, sorti en début d’année.

Pour autant, Saint Laurent n’est pas tout à fait une biographie non autorisée non plus, même si le projet de Bonello s’est effectivement heurté à l’hostilité de Pierre Bergé. «C’est une odyssée dans la tête d’un créateur», avance Gaspard Ulliel, qui endosse le rôle quelques mois après Pierre Niney. Une odyssée racontée de manière chronologique, mais jamais linéaire. «Les trois parties du film -le jeune homme, la rock star et les limbes- fonctionnent sur des contrastes et s’amplifient les unes par rapport aux autres», confirme le coscénariste, Thomas Bidegain. Une déclinaison pop et arty du parcours de Saint Laurent.

Rien qui ne soit de notoriété publique

«Je ne raconte rien qui ne soit pas de notoriété publique», raconte le réalisateur, privé d’accès aux archives du couturier. Mais cette absence de caution -aucune robe, aucune archive ne lui a été prêtée— lui laisse le champ libre pour filmer la mort du chien Moujik comme un gag, ou tourner la rivalité entre Bergé (Jérémy Renier) et Jacques de Bascher (Louis Garrel) à l’avantage du second. «Tout dans le script n’est que points de vue et choix personnels, justifie Bertrand Bonello. Saint Laurent est un film de fiction à partir d’éléments réels.»

Comment la réalité nourrit-elle le récit et comment la fiction se libère-t-elle du documentaire? «C’est sans doute parce qu’on a pris la liberté de faire ce qu’on avait envie que Pierre Bergé s’est opposé à nous, mais c’est aussi parce qu’il s’est opposé à nous qu’on a pu faire ce qu’on voulait», nuance Thomas Bidegain. Concrètement, le tandem a «accumulé le plus de matière documentaire possible, avant d’enlever un à un tous les échafaudages: à commencer par ce qu’on trouve sur Wikipédia et qui n’apporte rien de nouveau à la connaissance d’une telle personnalité».