Sandrine Kiberlain: «Je ne suis pas une fan comme dans "Elle l'adore", mais ceux qui le sont me fascinent»

CINEMA Laurent Lafitte et elle sont épatants dans «Elle l'adore», thriller comique et haletant...

Caroline Vié

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Laurent Lafitte et Sandrine Kiberlain dans Elle l'adore
Laurent Lafitte et Sandrine Kiberlain dans Elle l'adore — Studio Canal

Une fan éperdue d'un chanteur populaire va aller jusqu'au bout de sa passion pour le tirer d'une situation inextricable. Il serait bien dommage d'en dire plus sur Elle l'adore, premier film de Jeanne Herry qui constitue l'une des meilleures surprises de cette rentrée.

Sandrine Kiberlain y joue une esthéticienne mythomane prise dans un engrenage diabolique pour son idole Laurent Lafitte, star de la chanson égocentrique. Entre thriller et comédie, ce suspense joue magistralement sur les nerfs d'un spectateur pris au piège d'un scénario brillant. L'intrigue jongle avec les genres de façon virtuose donnant la pleine mesure de sa fantaisie pour des scènes d'interrogatoire menées par Pascal Demolon et Olivia Côte, couple de flics hilarants. On craque pour Sandrine Kiberlain, exceptionnelle dans ce rôle de groupie qui pourrait lui valoir un nouveau César après son prix d'interprétation au festival du Film Francophone d'Angoulême. L'actrice s'est confiée à 20 Minutes...

Avez-vous des fans encombrants comme celle que vous incarnez dans le film?

Je n'ai pas de gens qui me harcèlent depuis vingt ans. Nous autres comédiennes n'attirons pas ce type d'adulation. On a des admirateurs, des gens qui viennent à nous, mais on est très protégées par les personnages qu'on incarne dans les films. Les vedettes de scène sont amenées à une proximité plus grande avec le public. J'avoue que cela m'arrange bien de ne pas sentir constamment suivie.

Estimez-vous que l'héroïne du film est folle ?

Non, c'est une fille qui a une vie toute simple, une esthéticienne, mère de deux enfants qui vit avec ce chanteur dans la tête et se nourrit de ses chansons. Elle l'aime tellement qu'elle lui a destiné une pièce de son appartement! Cela ne fait pas d'elle quelqu'un de flippant, ni de menaçant, ni d'intrusif. Elle aime rajouter de la fantaisie dans son existence ce qui la rend parfois agaçante pour son entourage. Elle souhaite sans doute être moins banale que ce qu'elle imagine.

Considérez-vous Elle l'adore comme une comédie?

Il y a des éléments comiques dans l'histoire et dans les dialogues, mais il s'agit aussi d'un thriller dans lequel le suspense occupe une place de choix. C'est ce mélange de genres qui m'a emballée dans le scénario. J'ai aimé le travail de Jeanne Herry sur les personnages, le fait qu'ils soient plus complexes que ce que l'on pourrait supposer. Ce premier film est surprenant par son intelligence et la maturité avec lequel aborde des sujets originaux.

Le film est aussi une réflexion sur la célébrité...

Il brode de façon magistrale sur deux notions qui me paraissent passionnantes: la banalité des gens connus et la médiocrité supposée de ceux qui sont des anonymes. Je suis fascinée par ceux qui idolâtrent des artistes. Je n'ai jamais été fan de qui que ce soit. J'admire le travail de certaines personnes parce que leur œuvre me parle sans pour autant ressentir le besoin d'idéaliser celui ou celle qui me les fait partager.

Votre César pour 9 mois ferme a-il changé quelque chose pour vous?

Cela m'a fait très plaisir. J'aurais été très déçue si je ne l'avais pas eu car je n'en avais pas reçu depuis dix-huit ans! En avoir (ou pas) de Lætitia Masson m'avait valu celui du meilleur espoir en 1996 et il m'a fallu attendre tout ce temps pour en transformer l'essai. Je suis ravie que ce soit aussi pour un grand succès public comme la comédie d'Albert Dupontel. Comme Elle l'adore, il s'agissait d'un film atypique.