«Les gens du Monde» lève le voile sur le journalisme politique

CINEMA Avec «Les gens du Monde», Yves Jeuland signe un passionnant documentaire sur la campagne de 2012 telle que l'ont vécue les journalistes du quotidien...

Caroline Vié

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Les gens du Monde
Les gens du Monde — Folamour

Le documentariste Yves Jeuland est surtout connu du grand public pour son long-métrage sur Georges Frêche, Le Président (2010). Dans Les gens du Monde, il plonge dans la rédaction de la rubrique politique du quotidien pendant la campagne électorale de 2012.

Une mutation douloureuse

Alors que Le Monde se prépare à fêter ses 70 ans, le cinéaste dévoile la vie quotidienne de journalistes confrontés à une rapide évolution de la presse où Internet et ses réseaux sociaux prennent de plus en plus d’importance. Ce sont des instants révélateurs qu’a captés le réalisateur pendant ses soixante-huit jours de tournage sur une période de cinq mois. «L’élection est un temps où les passions redoublent, où la fatigue gagne, où les rivalités et les tensions s’exacerbent. Un temps où l’on finit par oublier la caméra» dit-il.

Au cœur du sujet

L’angoisse des chiffres en baisse, les discussions passionnées mais aussi le travail de soutiers des petites fourmis de la rédaction sont montrés sans fard par un réalisateur qui témoigne des joies, peines et incertitudes d’artisans du journalisme. Armé d’une mini-caméra, Jeuland donne l’impression d’être au cœur d’une actualité brûlante. Le choc des cultures et des générations, entre ceux qui préfèrent prendre le temps de l’analyse et les plus jeunes fervents de tweets et réactions immédiates, est particulièrement savoureux.

Le journalisme à l’honneur

Jeuland a choisi de finir son reportage le lendemain de l’élection de François Hollande pour parce qu’il ne souhaitait pas faire du nouveau président le héros d’un film dont il n’est pas le sujet. Ce parti-pris d’objectivité est à porter au crédit d’un documentaire sincère mettant les journalistes à l’honneur dans leur métier comme dans la diversité de leurs opinions. Loin de n’être qu’une apologie du Monde, ce documentaire rend hommage à l’ensemble d’une profession menacée.