«Jeux Interdits» ressort en salles: Les souvenirs de Brigitte Fossey

REVIVAL «J'ai voulu fuir ce monde, retourner à l'école», raconte l'actrice...

Alice Coffin

— 

Jeux Interdits
Jeux Interdits — Sipa

Le problème bien cerné par le chanteur Renaud avec le film Jeux Interdits, c’est qu’encore bien des années après la sortie du film, en 1952, il y avait le risque de tomber dans les boums sur la scène suivante: «Un pauvre type sur sa gratte jouait "Jeux interdits". Y avait même une nana qui trouvait ça joli». Si ce n’est cet air connu de tous les aspirants guitaristes, le film qui ressort en version restaurée le 23 juillet a laissé beaucoup de très bons souvenirs au public et à son interprète principale, Brigitte Fossey, qui s’est confiée à l’AFP.

Refusé par le festival de Cannes

«Ce film, c’est un morceau de mon enfance». Visage d’ange, silhouette fluette, elle avait à peine 5 ans. Dans ce film mythique de René Clément, l’actrice campe une petite fille, Paulette, dont les parents sont tués lors des bombardements de juin 1940. Recueillie par une famille de paysans, elle se lie d’amitié avec le jeune garçon de la famille, Michel, 11 ans. Fille de cinéphiles, la petite Brigitte avait décroché le rôle grâce à une annonce dans le journal. «Mes parents avaient vu La bataille du rail, qui était un des grands films français, et ils ont accepté parce que ça devait être un court-métrage et que je devais jouer pendant les vacances». Sur les conseils de son ami réalisateur Jacques Tati, René Clément décide finalement de faire de cette adaptation du roman de François Boyer un long-métrage. Après d’intenses négociations, les parents de Brigitte consentent à ce tournage rallongé. Ils joueront même ses propres parents, tués dès les premières scènes.

La fillette se retrouve alors seule avec, dans les bras, le cadavre de son petit chien Jock, qu’elle refuse de lâcher. Et comme dans le film, elle s’y attache. «Quand les propriétaires sont venus le chercher après le tournage, je ne voulais pas qu’il parte».

La jeune comédienne sera «très impressionnée» en voyant le film, «projetée dans un univers de guerre». «J’étais très émue d’autant que je devais quitter Georges Poujouly», devenu un ami. Elle ne le reverra que des années plus tard, une fois adulte.

Refusé par le Festival de Cannes, le film obtint le grand prix indépendant de la Critique puis l’Oscar du Meilleur film étranger. Brigitte Fossey reçut le prix d’interprétation féminine au festival de Venise. Mais le succès fut délicat à gérer pour la fillette de 5 ans: «Je suis entrée dans la vie professionnelle, j’ai connu l’intrusion des journalistes, les obligations… J’ai voulu fuir ce monde, retourner à l’école». Elle reviendra toutefois devant la caméra quatre ans plus tard, et poursuivra une longue carrière dans le cinéma puis à la télévision et au théâtre. Aujourd’hui, quand elle revoit le film qui la projeta sur le devant de la scène, elle s’avoue «bouleversée»: «Je revois ces enfants. J’ai envie de prendre cette petite fille dans les bras, de la consoler. Cette enfant, c’est à la fois moi et pas tout à fait moi».