Trente ans après, «Paris, Texas» retrouve toutes ses couleurs

CINEMA Wim Wenders revient pour 20 Minutes sur «Paris, Texas», son succès, l'effet produit à l'époque et les difficultés rencontrées depuis, jusqu'à la ressortie le 16 juillet de la Palme d'or 1984, dans 50 salles...

Stéphane Leblanc

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Nastassja Kinski dans Paris Texas en 1984
Nastassja Kinski dans Paris Texas en 1984 — WWS

«J’étais jeune… comme le temps a passé!», soupire Wim Wenders en regardant les photos de Paris, Texas, film culte du réalisateur allemand qui fêtait les 30 ans de sa Palme d’or à Cannes. «Le jeune garçon blond qui s’appelait Hunter dans le film avait fêté ses 8 ans sur le tournage. Il a lui-même des enfants maintenant et il est réalisateur au Texas, évidemment…» Wim Wenders concède que l’effet Palme d’or a particulièrement bien fonctionné pour ce film adulé par Kurt Cobain. Ce road-movie existentiel sur un homme qui, après avoir tout quitté, tente de retrouver la mère de son fils, est considéré comme l’un des films les plus emblématiques des années 1980.

Un poids pour un jeune metteur en scène

«Gagner la Palme d’or, c’était non seulement le bonheur, mais le film a pu ainsi être distribué dans le monde entier. Paradoxalement, c’est aussi devenu un poids pour un jeune metteur en scène qui, jusque-là, faisait exactement ce qu’il voulait. Je sentais qu’autour de moi, mes amis, ma maison de production, mes collaborateurs, tout le monde attendait que je fasse un autre film dans la même veine. Ça m’a beaucoup troublé, car je ne m’en sentais pas capable et je n’en avais pas l’envie. J’ai laissé passer trois ans avant de pouvoir réaliser un film qui serait l’exact opposé de Paris, Texas. C’était Les Ailes du désir.» Non plus une quête initiatique tournée dans le désert du Texas, mais une œuvre poétique et baroque filmée à Berlin.

Couleurs et contrastes dénaturés

Trente ans après, c’est à une autre difficulté qu’a été confronté Wim Wenders. Pour les 30 ans de sa palme d’or, Thierry Fremaux a souhaité présenter le film cette année à Cannes, le jour même de son anniversaire. Le film avait déjà été restauré en HD numérique 2K il y a quelques années par Wim Wenders avec l’éditeur vidéo Criterion. Mais ce qui était parfait pour une diffusion télé, DVD, ou Blu-ray a révélé une certaine «dénaturation de la couleur et des contrastes», une fois le film projeté sur grand écran.

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Or Paris, Texas doit sortir dans plus de cinquante salles en France le 16 juillet. Il a donc fallu trouver une solution dans l’urgence. Le CNC a mis sa Commission de numérisation à contribution et les deux laboratoires, L’Immagine Ritrovata de La Cineteca di Bologna, et Eclair, en France, se sont lancés début juin, dans une course contre la montre sans laquelle la version restaurée du film en 4K n’aurait eu aucune chance d’être prête à temps.

Quelles imperfections doivent demeurer

«Il appartient de ne pas porter atteinte à la captation d’origine des images», raconte Florence Dauman, la fille du producteur du film qui gère aujourd’hui le catalogue de son père. Un peu comme en chirurgie esthétique «où un minuscule coup de scalpel peut faire basculer l’équilibre d’un visage», les choix sont parfois difficiles pour «décider quels poils ou poussières camera détournent l’attention et quelles imperfections doivent au contraire demeurer, témoignant des conditions de tournage, des bonnes ou mauvaises surprises, de la lumière, et bien sûr des choix du chef opérateur et du réalisateur».

«Au final, c’est toujours Paris, Texas, assure de son côté Wim Wenders. J’ai moi-même remixé le son en stéréo sans rajouter d’effets, explique-t-il, sauf pour la musique qui du coup prend une tout autre ampleur». Finalement, le plus visible dans cette restauration, ce sont peut-être les cartons du générique incrustés dans les images restaurées qu’il a fallu entièrement refaire, car «les optiques des années 1980 rendaient la typo floue et saignante sur l’image», s’amuse Florence Dauman.