"Winter sleep": Il va y avoir de la neige dans les salles cet été

CINEMA Palme d'or 2014, le film du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan sort le 6 août en plein coeur de l'été... Une date mûrement réfléchie...

Stéphane Leblanc

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Winter Sleep
Winter Sleep — Nuri Bilge Ceylan

La palme d’or 2014 signée du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan sort le 6 août, au plein coeur de l'été. Curieux pour un film qui se déroule dans la neige hivernale de la Cappadoce? Au contraire, le choix a été mûrement réfléchi afin de faire de Winter Sleep un succès.

C’est le film d’un homme libre

«En tant qu’artiste, j’estime avoir le droit à la même liberté qu’un écrivain qui, quand il écrit, ne se demande pas combien de pages doit avoir son roman», explique le cinéaste pour justifier les 3h16 du film. «On ne les voit pas passer», assurait Jane Campion à Cannes… Il en résulte un dispositif passionnant, qui révèle, comme le ferait Tchekhov (dont l’histoire est adaptée), Shakespeare ou Dostoïevski, toutes les contradictions et les vanités de la condition humaine.

On s’identifie facilement aux personnages

Winter Sleep rassemble un comédien retiré de la scène, qui tient un hôtel dans la région touristique de la Cappadoce, avec sa jeune épouse et sa sœur qui vient de divorcer. De son père, il a hérité de maisons qu’il loue dans le village, mais par ses certitudes et son aveuglement, il suscite sans le vouloir les rancœurs de ses voisins et les reproches de ses proches…

Un film d’action avec des intrigues fortes qui s’entremêlent

«Ce film est sans doute le plus accessible de son auteur, prévient le coproducteur et distributeur du film, Alexandre Mallet-Guy. Pas une œuvre contemplative, mais un film vif avec des dialogues brillants». Comme ceux de l’Iranien Asghar Farhadi, réalisateur estimé d’Une séparation, que le patron de Memento produit et distribue également.

Le succès attise la curiosité

«En Turquie, ça nous a permis de tripler le nombre d’entrée par rapport à ce qu’on avait prévu initialement», souligne Nuri Bilge Ceylan. En France, Alexandre Mallet-Guy table sur le même rapport de 1 à 3. Le film sera projeté dans 120 salles, contre 36 pour le précédent, Il était une fois en Anatolie, Grand Prix à Cannes en 2011. Et il espère «tripler le nombre d’entrées d’Anatolie ou d’Uzak», du même Ceylan, qui détiennent jusqu’à présent le record du cinéma turc en France avec 150 000 spectateurs chacun.

Le film aura du temps pour s’installer

«Affronter 3h16 de cinéma, ça fait moins peur en août, quand les rythmes sont plus lents», assure Alexandre Mallet-Guy. L’absence de concurrence sur le créneau des films d’auteurs de qualité permettra à Winter Sleep d’être projeté dans les grandes salles, et même parfois «dans deux salles d’un même multiplexe», afin de réduire l’attente entre les séances. Et les cinémas se sont engagés à garder le film jusqu’à fin septembre. «Le film fera ses entrées, j’en suis convaincu».

Et les conséquences?

Un succès confortera Nuri Bilge Ceylan, sur la voie d’un cinéma à la fois exigeant, singulier, en prouvant qu’il est économiquement viable. A Cannes, on lui avait demandé quelques jours avant la remise de la palme d’or ce que cette récompense suprême changerait pour lui? Il avait répondu, superstitieux, par un revers de main: «passons à une autre question». Et le soir du palmarès, heureux d’avoir remporté un succès mérité, il s’était lâché: «Cette palme d’or va sans doute tout changer dans ma relation au public». C’est l’objet de cet article.